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visions. Mais le comte répondit gravement que la princesse avait eu parfaitement raison de ranger une action semblable de la part d'Hermenegilde , dans la ligne des choses impossibles; mais, ajouta-t-il, n'est-il pas singulier qu'une semblable idée me soit venue hier en regardant ma fille ; jugez donc combien les paroles de la princesse ont (iù me causer d'inquiétude et de peine. — Il faut alors, répondit le prince, que le médecin ou la sage-femme en décident , et que le jugement précipité de la princesse soit anéanti ou que notre honte à tous soit constatée.
Plusieurs jours se passèrent en résolutions prises et abandonnées. La princesse rejeta l'intervention d'un médecin peut-être indiscret, et elle prétendit qu'il ne serait que trop prochainement nécessaire d'avoir recours à lui. — Et comment ? s'écria le comte hors de lui.
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— Oui , continua la princesse en élevant la voix , Hermenegilde est la fille la plus trompeuse et la plus perfide qui fut jamais , ou elle a été étrangement abusée , car elle est enceinte !
Le comte Népomucène fut longtemps sans pouvoir répondre ; enfin , il supplia la princesse de savoir à tout prix d'Hermenegilde , quel était le malheureux qui avait couvert sa maison d'un opprobre éternel.
— Hermenegilde ne soupçonne pas encore que je connais son état, dit la princesse. Je me promets tout du moment où je lui dirai ce qui en est. Le masque dont sa fourbe se couvre tombera à l'improviste et son innocence éclatera d'une manière merveilleuse , bien que je ne puisse imaginer quelle justification elle pourra nous donner.
Ce soir-là même, la princesse se trouva seule avec Hermenegilde dont
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l'état de grossesse devenait de plus en plys visible. Elle prit les deux bras de la pauvre enfant, la regarda fixement et lui dit d'une voix brève : Ma chère fille, tu es mère !
A ces paroles, Hermenegilde leva les yeux vers le ciel avec ivresse , et s'écria avec attendrissement : Oui, je le suis ! Oh ! je le suis. ■ — Il y a long-temps que j'ai senti que mon époux chéri n'était pas tombé tout entier sous le fer ennemi. — Oui ! Le moment du plus grand bonheur, que j'ai éprouvé sur terre, s'est prolongé pour moi; je le retrouverai, mon Stanislaws, dans le o^age précieux qu'il m'a laissé de notre douce alliance !
La princesse sentit toutes ses idées se troubler, elle crut qu'elle allait ellemême perdre l'esprit. Le ton de vérité qui régnait dans les paroles d'Hermenei^ilde, son ravissement , l'enthousiasme
divin qui régnait dans ses pensées, tout éloignait l'idée d'une fourberie, et la folie la plus complète pouvait seule expliquer sa conduite. Saisie de cette dernière idée , la princesse repoussa Hermenegiîde en s'écriant : Malheureuse ! Un rêve l'a mise dans cet état qui nous couvre tous d'opprobre et de honte. — Crois-tu m'échapper par des contes absurdes ? — Réfléchis, rassemble tes souvenirs. Ton aveu repentant et sincère peut seul te réconcilier avec nous.
Baignée de larmes, déchirée de douleurs , Hermenegiîde tomba aux pieds de la princesse en gémissant: Ma mère, toi aussi, tu me traites de visionnaire, toi aussi tu ne veux pas croire que l'église m'a unie à mon Stanislaws, que je suis sa femme ! Mais vois donc cet anneau à mon doigt! — Que dis -je, toi , toi tu connais mon état , n'est-ce
pas assez pour te convaincre que je n'ai pas rêvé?
La princesse connut à son grand étonnement, que l'idée d'une faute ne venait pas même à la pensée d'Hermenegilde, et qu'elle n'avait pas du tout compris les reproches qu'elle lui avait faits à ce sujet. Hermenegilde, pressant avec ardeur les mains de la princesse contre son cœur , ne cessait de la supplier de croire à son époux , maintenant que son état n'était plus douteux, et la pauvre femme toute stupéfaite , jetée hors d'elle-même, ne savait plus que dire à cette jeune fille et de quelle façon s'y prendre pour découvrir le mystère qui régnait sur elle. Ce ne fut que quelques jours plus tard qu'elle déclara au prince son mari et au comte Népomucène , qu'il était impossible d'apprendre autre chose d'ÏTermenegilde que ce qu'on avait déjà
pressenti. Les deux seigneurs, pleins de colère , traitèrent cette naïveté de fourberie, et le comte jura qu'il emploierait des mesures rigoureuses pour lui arracher l'aveu de sa faute. La princesse s'opposa, de toutes ses forces, à un acte de cruauté qui, dit-elle . serait inutile; car elle était convauicue de la sincérité de sa fille d'adoption.
— Il est encore dans le monde, ajouta-t-elle, maint secret que nous sommes hors d'état de comprendre.
Que serait-ce si l'union des pensées avait une influence physique . et si une relation intellectuelle entre Stanislaws et Hermenegilde avait produit cet inexplicable état?
En dépit de toute la colère, de toute la gravité de ce fatal moment, le prince et le comte ne purent se défendre de rire hautement à ces paroles de la princesse qu'ils déclarèrent la pensée la
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plus sublime et la plus éthérée qu'eirt jamais produite un cerveau humain. La princesse rougit extrêmement en disant que la grossièreté de sens des hommes les empêchait de comprendre de semblables choses; mais quant à sa pauvre enfant, elle avait dessein d'entreprendre avec elle un voyage qui la soustrairait à la honte de sa situation. Le comte approuva cette résolution. Car comme Hermenegilde ne faisait aucun mystère de son état , il importait de la dérober aux regards des gens de la maison.
Cette convention arrêtée, chacun se sentit plus calme. Le comte Népomucène se trouva fort rassuré en voyant la possibilité de celer ce fatal secret , et le prince jugea fort sensément qu'il fallait attendre du temps l'explication de tout ce mystère. On était sur le point de se séparer après cette confé- J
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rence, lorsque l'arrivée subite du comte Xavier de R. vint causer de nouveaux embarras. Il entra échauffé par une course forcée, couvert de poussière, avec toute la précipitation d'un homme hors de lui , et s'écria , sans saluer , sans regarder personne : Le comte Stanislaws est mort! — «Il n'a pas été fait prisonnier. — Non. Il a été tué par l'ennemi. — En voici la preuve!
A ces mots , il mit dans la main du comte Néponlucène plusieurs lettres qu'il tira de sa poche. La princesse les parcourut, mais à peine eut- elle lu quelques lignes, qu'elle leva les yeux au ciel en s'écriant :Hermenegilde ! — Pauvre enfant! quel impénétrable mystère!
Elle avait vu que le jour de la mort du comte était le même que celui de sa prétendue rencontre avec Hermenegilde.
— Il est mort , reprit Xavier avec
feu. Hermenegilde est libre de me donner sa main , à moi qui l'aime plus que ma vie. — Je la demande en mariage!
Le comte Népomucène n'eut pas la force de répondre. Le prince prit la parole et déclara que certaines circonstances empêchaient absolument d'avoir égard à sa demande, qu'il ne pouvait même voir Hermenegilde en ce moment, et que sa famille se voyait obligée de le prier de s'éloigner d'elle pour quelque temps. Xavier répondit qu'il connaissait parfaitement le dérangement d'esprit qu'éprouvait Hermenegilde, ce dont il était question sans doute ; mais que c'était là d'autant moins un obstacle , qu'il pensait que son mariage avec elie amènerait infailliblement sa guérison. La princesse répliqua que sa pupille resterait fidèle jusqu'à la mort à la mémoire de Stanislaws, et que d'ailleurs elle ne se trou-
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vait plus au château. Xavier ne fit que rire de cette réponse, et dit que le consentement du comte lui suffirait, et qu'on lui laissât le soin du reste. Ces paroles irritèrent fort le comte Népomucène qui déclara à Xavier qu'il ne lui accorderait jamais sa fille , et qu'il pria en même temps de quitter le château. Xavier le regarda en silence, ouvrit la porte du salon , et cria que Wo3Lciech apportât ses bagages et conduisît ses chevaux à l'écurie. Puis il revint, se jeta dans un fauteuil près de la fenêtre et annonça avec tranquil- Hté qu'il ne quitterait pas le château avant d'avoir parlé à Hernienegilde.
Le comte lui répondit avec le même sang-froid qu'il y ferait alors un long séjour , mais que pour lui, il prendrait alors le parti de se retirer dans un autre de ses domaines. En même temps, le comte, le prince et sa femme quitté-
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rent le salon , et se rendirent dans l'appartement d'Hermenegilde afin de la faire partir au plus vite. Le hasard voulut que cette nuit là même , contre son habitude , elle fut allée se promener dans le parc. Xavier l'aperçut par la fenêtre , dans une allée éloignée , et descendit précipitamment. Il l'atteignit enfin au moment où elle allait entrer dans le pavillon mystérieux, à l'extrémité du parc.
— O puissance du ciel ! s'écria Xavier en s'apercevant de l'état d'Hermenegilde; puis il se jeta à ses genoux, et la conjura, en lui faisant les sermens les plus tendres, de l'accepter pour époux.
Hermenegilde , hors d'elle - même de frayeur et de surprise, lui dit qu'un démon ennemi l'envoyait pour troubler son repos, que jamais, jamais, elle ne deviendrait l'épouse d'un autre, après avoir été unie à son cher Stanislaws.
Mais Xavier ne cessa pas de la supplier, et, las enfin de ne pouvoir la fléchir, il lui dit qu'elle se trompait ellemême dans sa folle passion, que c'était à lui qu'elle avait donné les momens les plus doux , et en même temps il se releva et la serra dans ses bras. Hermenegilde , la pâleur de la mort dans les traits , le repoussa avec horreur, et s'écria : Misérable ! tu ne pourras pas plus me forcer à une trahison que tu ne saurais anéantir le fruit de mon union avec Stanislaws! fuis loin de moi!
— Insensée! ne l'as-tu pas détruite toimême cette union? s'écria Xavier en fureur ; l'enfant que tu portes dans ton sein est le mien! c'est moi que tu as comblé de tes faveurs dans ce lieu même! tu fus ma maîtresse , et tu la seras encore si tu ne consens à devenir ma femme !
Hermenegilde le regarda quelques
instans d'un air égaré, et tomba sans mouvement sur le sol, en proférant ce mol : Misérable!