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viennent fort naturellement, mais vous n'avez pas la moindre idée de l'art véritable , et vous ignorez toute sa profondeur. Je veux vous en dire seulementpeu de chose, et vous verrez qu'en suivant la route que vous avez prise, vous ne parviendrez jamais au but que vous vous êtes proposé. — L'homme noir se mit alors à vanter l'art du chant en discours singuliers qui ressemblaient à des mélodies étrangères. Tandis que cet homme parlait, les images s'amoncelaient dans l'âme de Henri , et se dissipaient comme chassées par un vent d'orage ; il lui semblait qu'une contrée remplie de formes voluptueuses s'offrît à ses regards. La lune était au haut du ciel , l'étranger et Henri recevaient tout l'éclat de sa lumière, et celui-ci commençait à remarquer que le visage de l'inconnu n'était pas aussi horrible qu'il lui avait paru d'abord. Si un feu
extraordinaire brillait dans ses yeux , un sourire agréable voltigeait sur ses lèvres, et son grand nez d'aigle, son front élevé donnaient une forte énergie à ses traits.
— Je ne sais, dit Ofterdingen lorsque l'étranger eut cessé de parler, je ne sais quel sentiment singulier excitent en moi vos paroles. Il me semble que l'idée du chant s'éveille en moi pour la première fois, et que ce que j'ai tenu jusqu'à ce jour pour l'art, soit devenu tout-à-coup à mes yeux, aride et pitoyable. Vous êtes certainement un maître habile, et vous me prendrez , peut-être , pour votre élève , si je vous supplie de m'accueillir en cette qualité.
L'étranger fit de riouvefu un de ses fâcheux éclats de rire, se leva et parut si gigantesque et si brusque que Ofterdingen éprouva de nouveau la terreur
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qu'il avait ressentie en l'apercevant d'abord,
— Vous croyez que je suis un maître habile, dit l'étranger d'une voix retentissante. Eh bien, oui! dans le temps il en pouvait être ainsi, mais je ne puis pas m'occuper à donner des leçons. Cependant je me plais à donner de bons conseils aux £[ens avides de savoir, comme vous paraissez l'être.
Avez-vous jamais entendu parler d'un maître chanteur versé dans toutes les sciences, nommé Klingsohr? on dit que c'est un grand nécromancien, et qu'il ': des rapports avec quelqu'un qu'on ne voit avec plaisir nulle part.
Mais ne vous laissez pas induire en erreur , car ce que les bonnes gens ne comprennCTit pas leur semble toujours surnaturel, et doit, selon eux, appartenir au ciel ou à l'enfer. Eh bien ! maître Klingsohr vous montrera
LES MAITRES CHANTEURS. /jS
le chemin qui doit vous conduire au but. li demeure dans la Transylvanie.
Allez le trouver. Là vous apprendrez comment la science et l'art dispensent au maître tout ce qu'il y a de délicieux sur la terre; les honneurs, les richesses, la faveur des femmes. Oui, jeune homme ! si maître Klingsohr était ici, il saurait bien enlever la belle comtesse Mathilde au tendre et langoureux Wolfframb de Eschinbach.
— Pourquoi prononcez-vous ce nom?
s'écria Ofterdingen avec colère. Laissez-moi î Votre présence me cause un frisson involontaire.
— Oh! oh! dit l'étranger en riant; ne vous fâchez pas, mon petit ami.
C'est la fraîcheur de la nuit et la légèreté de votre pourpoint qui vous causen t ce frisson , dont vous vous plaignez, et non pas moi. Ne vous sentiez-vôus pas plus à l'aise lorsque j'étais auprès
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de VOUS et que je vous échauffais. Que parlez-vous de frisson et d'effroi , je puis vous sauver la vie. Je vous parlais de la comtesse MathildelEh'.sans doute, les femmes peuvent être gagnées par le chant, surtout par ces doux chants que sait si bien maître Klingsohr. J'ai d'abord méprisé vos chansons , pour vous faire sentir votre inexpérience.
Mais en comprenant de suite la vérité de mes discours sur l'art , vous avez fait preuve de dispositions véritables.
Peut-être étes-vous destiné à marcher sur les traces de maître Klingsohr, et alors vous pourriez aspirer avec succès aux faveurs de INïathilde. Levez-vous et partons pour la Transylvanie! Cependant, attendez; si vous ne pouvez vous mettre tout de suite en chemin , je puis vous donner un petit livre que maître Klingsohr a fait et qui ne contient pas seulement les véritables règles du
chant, mais qui renferme encore quelques excellentes chansons du maître.
A ces mots l'étranger tira de sa poche un petit livre, dont la couleur rouge étincela aux rayons de la lune.
Il le présenta à Henri de Ofterdingen et disparut aussitôt dans l'épaisseur du bois.
Henri ne put s'empêcher de céder au sommeil. Lorsqu'il se réveilla, le soleil était levé. Si le livre rouge ne se fut pas trouvé sur ses genoux, il eût douté de la réalité des événemens de la nuit.