‹ Œuvres de E.-T.-A. HoffmannChapitre 20 sur 29 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

En rentrant dans sa demeure, Nathanaël s'aperçut qu'un grand mouvement avait lieu dans la maison du professeur. Les portes étaient ouvertes, on apportait une grande quantité de meubles; les fenêtres des premiers

étages étaient levées , des servantes affairées, allaient et venaient, armées de longs balais; et des menuisiers , des tapissiers, faisaient retentir la maison de coups de marteau. Nathanaël s'arrêta dans la rue, frappé de surprise.

Sigismond s'approcha de lui , et lui dit en riant : Hé bien , que dis-tu de notre vieux Spalanzani?

Nathanaël lui répondit qu'il ne pouvait absolument rien dire du professeur, attendu qu'il ne savait rien sur lui, mais qu'il ne pouvait assez s'étonner du bruit ^t du tumulte qui régnaient dans cette maison toujours si monotone et si tranquille. Sigismond lui apprit alors que Spalanzani devait donner le lendemain une grande fête, concert et bal , et que la moitié de l'université avait été invitée. On répandait le bruit que Spalanzani laisserait paraître, pour la première fois, sa fille

y 2 CONTES FANTASTIQTES.

Olimpia qu'il avait cachée jusqu'alors, avec une sollicitude extrême à tous les yeux.

Nathanaêl trouva chez lui une lettre d'invitation, et se rendit, le cœur agité, chez le professeur, à l'heure fixée, lorsque les voitures commençaient à affluer, et que les salons resplendissaient déjà de lumières. La réunion était nombreuse et brillante. Olimpia parut dans un costume d'une richesse extrême et d'un goût parfait. On ne pouvait se défendre d'admirer ses formes et ses traits. Ses épaules, légèrement arrondies, la finesse de sa taille qui ressemblait à un corsage d'une guêpe , avaient une grâce extrême, mais on remarquait quelque chose de mesuré et de raide dans sa démarche qui excita quelques critiques. On attribua cette gêne à l'embarras que lui causait le monde si nouveau pour elle. Le con-

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cert commença. Olimpia joua du piano avec une habileté sans égale, et elle (lit un air de bravoure, d'une voix si claire et si argentine, qu'elle ressemblait au son d'une cloche de cristal.

Nath-anaël était plongé dans un ravissement profond; il se trouvait placé aux derniers rangs des auditeurs, et l'éclat éblouissant des bougies , l'empêchait de bien reconnaître les traits d'Olimpia. Sans être vu , il tira la lorgnette de Coppola et se mit à contempler la belle cantatrice. Dieu ! quel fut son délire! Il vit alors que les regards pleins de désir de ]r charmante Olimpia cherchaient les siens, et que les expressions d'amour de son chant, semblaient s'adresser à lui. Les roulades brillantes, retentissaient aux oreilles de Nathanaël comme le frémissement céleste de l'amour heureux, et lorsqu'enfin le morceau se termina par un

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