‹ Œuvres de E.-T.-A. HoffmannChapitre 21 sur 29 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

long trillo qui retentit dans la salle en éclats harmonieux, il ne put s'empêcher de s'écrier dans son extase : Olimpia! Olimpia! Tous les yeux se tournèrent vers Nathanaël, les étudians, qui se trouvèrent près de lui, se mirent à rire. L'organiste de la cathédrale, prit un air sombre et lui fit signe de se contenir. Le concert était terminé, le bal commença.

— Danser avec elle ! Avec elle ! — Ce lut là le but de tous les désirs de Nathanaël, de tous ses efforts; mais comment s'élever à ce degré de courage ; l'inviter , elle , la reine de la fête ? Cependant! il ne sut lui-même comment la chose s'était faite ; mais la danse avait déjà commencé lorsqu'il se trouva tout près d'Olimpia qui n'avait pas encore été invitée , et après avoir balbutié quelques mots, sa main se plaça dans la sienne. La main d'OIim?-

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pia était glacée, et dès cet attouchement, il se sentit lui-même pénétré d'un froid mortel. Il regarda Olimpia ; l'amour et le désir parlaient dans ses yeux, et alors il sentit aussitôt les artères de cette main froide battre avec violence, et un sang brûlant circuler dans ces veines glaciales. Nathanaël frémit, son cœur se gonfla d'amour; de son bras , il ceignit la taille de la belle Olimpia et traversa, avec elle , la foule des walseurs. Jusqu'alors il se croyait danseur consommé et fort attentif à l'orchestre; mais à la régularité toute rhythmique avec laquelle dansait Olimpie, et qui le mettait souvent hors de toute mesure, il reconnut bientôt combien son oreille avait jusqu'alors défailli. Toutefois, il ne voulut plus danser avec aucune autre femme, et il eût volontiers égorgé quiconque se fût approché d'Olimpia pour l'invi-

ter. Mais cela n'arriva que deux fois, et, à la grande surprise de Nathanaël, il put danser avec elle durant toute la fête.

Si Nathanaël eût été en état de voir quelque chose outre Olimpia, il n'eût pas évité des querelles funestes; car des murmures moqueurs , des rires mal étouffés, s'échappaient de tous les groupes de jeunes gens dont les regards curieux s'attachaient à la belle Olimpia, sans qu'on pût en connaître le motif.

Echauffé par la danse, par le punch, Nathanaël avait déposé sa timidité naturelle; il avait pris place auprès d'Olimpia, et, sa main dans la sienne, il lui parlait de son amour en termes exaltés que personne ne pouvait comprendre, ni Olimpia , ni lui-même. Cependant elle le regardait invariablement dans les yeux; et soupirant avec ardeur, elle

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faisait sans cesse entendre ces exclamations: Ah! ah! ah!

— O femme céleste, créature divine, disait Nathanaèl , rayon de l'amour qu'on nous promet dans l'autre vie !

Ame claire et profonde dans laquelle se mire tout mon être î

Mais Olimpia se bornait à soupirer de nouveau et à répondre : Ah! ah!

Le professeur Spalanzani passa plusieurs fois devant les deux amans et se mit à sourire avec satisfaction, mais d'une façon singulière, en les voyant ensemble. Cependant du milieu d'un autre hémisphère où l'amour l'avait transporté, il sembla bientôt à Nathanaèl , que les apparlemens du professeur devenaient moins brillans ; il regarda autour de lui , et ne fut pas peu effrayé, en voyant que les deux dernières bougies qui étaient restées allumées, menaçaient de s'étein-

dre. Depuis long-temps la musique et la danse avaient cessé.

— Se séparer, se séparer! s'écria-t-il avec douleur et dans un profond désespoir. Il se leva alors pour baiser la main d'Olimpia , mais elle s'inclina vers lui et des lèvres glacées reposèrent sur ses lèvres brûlantes ! — La légende de la Morte Fiancée lui vint subitement à l'esprit, il se sentit saisi d'effroi, comme lorsqu'il avait touché la froide main d'Olimpia; mais celle-ci le retenait pressé contre son cœur , et dans leurs baisers , ses lèvres semblaient s'échauffer du feu de la vie.

Le professeur Spalanzani traversa lentement la salle déserte; ses pas retentissaient sur le parquet, et sa figure, entourée d'ombres vacillantes, lui donnait l'apparence d'un spectre.

— M'aimes-tu ? — M'aimes-tu , Olimpia? — . Rien que ce mot! — M'aimes-

tu? Ainsi murmurait Nathanaèl. Mais Olimpia soupira seulement , et prononça en se levant : Ah! ah!

— Mon ange, dit Nathanaël, ta vue est pour moi un phare qui éclaire mon âme pour toujours !

— Ah! ah! répliqua Olimpia en s'éloignant. Nathanaël la suivit; ils se trouvèrent devant le professeur.

— Vous vous êtes entretenu bien vivement avec ma fille , dit le professeur en souriant. Allons, allons, mon cher monsieur Nathanaël, si vous trouvez du goût à converser avec cette jeune fille timide, vos visites me seront fort agréables.

Nathanaël prit congé, et s'éloigna emportant le ciel dans son cœur.

8o CO^NTES FANTASTIQUES.

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