‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 3)Chapitre 4 sur 36 · L\ FRANCE · texte numérisé non relu

L\ FRANCE

la garde nationale! Voilà de ces choses qu'il faut laisser dire à M. de Pradt ; il en a le privilège exclusif, et il l'exploite avec beaucoup d'industrie ; il trouvera fort étrange que M. Playfair vienne usurper ses droits. Non , ici notre Anglais n'a pas use' de sa sagacité ordinaire, et il a trop ajouté foi à ces bruits qu'il re'pète avec trop de complaisance, comme quand il dit qu'on s'attend en France à un grand changement, qu'on en parle librement et en public , que les révohitionnaii"es sont encore plus nombreux qu'on ne le pense , et qu'ils se lèveront tout-à-coup à une époque future et non éloignée.

En voilà plus qu'il n'en faut pour faire accorder à M. Playfair une patente de libéralisme ; mais le long paragraphe que je vais citer refroidira le zèle des réformateurs, et au lieu d'une couronne civique, sir William n'obtiendra qu'une inscription sur la liste des ultras. Je prie messieurs les libéraux de vouloir bien écouter tranquillement le discours qu'il leur adisesse, au nom du roi de France, et d'y répondre s'ils le peuvent. Supposons, dit M. Playfair, que Louis XMII s'abaisse jusqu'à vouloir bien se défendre lui-même contre JB. C. (le nom est en toutes lettres dans l'ouvrage), et contre ces écrivains qui sont dans l'habitude continuelle d'attaquer son gouvernement , et qu'il leur parle en ces termes : «Je m'aperçois. Messieurs, qu'après avoir été assez lâches sous l'usurpateur pour garder le silence siu* les affaires politiques , excepté

quand vous veniez à bout de forcer nature au point de flatter votre oppresseur, vous avez aujourd'hui l'assurance et la hardiesse d'attaquer le gouvernement doux et constitutionnel sous lequel vous vivez. Ce n'est pas que vous ayez plus de raison pour le faire , mais vous y trouvez moins de dan ger. Tel est toujours le calcul du lâche ; mais la lâcheté est ordinairement accompagnée de beaucoup de folie. Un peuple mutin et mécontent ne peut jamais être libre. S'il obtient la liberté , elle dégénère en licence ; et c'est ce qui arriva au commencement de la révolution. Pour qu'un peuple puisse conserver sa liberté , il faut qu'il pense avec modération , et qu'il agisse avec justice. Je ne prétends pas dire que mon gouvernement est parfait; s'il l'était, il ne serait pas humain, il serait divin , et tel qu'on n'en voit point sur la terre. Mais s'il s'y trouve des imperfections, quelles en sont les causes? J'ai trouve quatre-vingt-six préfets, cinquante mille maires et juges de paix accoutumés à gouverner arbitrairement , tandis qu'ils étaient soumis à leur despote comme des esclaves. Pouvais-je changer tout -à-coup ces hommes en administrateurs sages et raisonnables? Ce n'est qu'avec le temps que l'on peut faire de grands et d'utiles changemens : le génie du mal peut seul accomplir

ses œuvres en un instant

» Vos animosités , long-temps compiimées par un maître sévère, ont éclaté dès le premier instant que vous vous êtes sentis libres Suis-je respon-

LÀ FRÀÎ^CE à 5

sable des troubles qui ont eu lieu à Lyon? Si cela est , je dois mettre de côté toute ide'e de liberté' , et

devenir despote Quand et où avez-vous appris

qu'il faille semer le me'contentement pour recueillir le bonheur?....

» Mes intentions sont pures. Le bonheur de taon peuple est mon but, et je travaille à l'assurer. S'il est vrai que vous de'siriez la prospe'rité de la France, aidez-moi de vos talens ; mais si vous ne les employez qu'à semer le mécontentement et la défiance , je dois déployer mon autorité pour neutraliser vos efforts. »

On blâmera peut-être dans un étranger la liberté de faire parler un souverain , et de se mettre en quelque sorte à sa place ; mais aucun roi , ce me semble, ne peut désavouer un discours qui paraîtrait plus raisonnable encore si je n'avais été forcé d'en détruire l'ordonnance en l'abrégeant. Ceci prouvera du moins que M. Playfair n'écrit pas sous l'inspiration de ces messieurs , et que s'il voit tant de révolutionnaires en France, c'est la crainte et non le désir qui en grossit le nombre à ses yeux.

La politique extérieure offre un vaste champ aux méditations de cet écrivain , et s'il n'a pas grande confiance dans l'excellence de notre charte, il en a moins encore dans la Sainte-Alliance, où il voit tout autre chose qu'un gage de paix éternelle. Comme sir Piobert Wilson, il s'effraie de la puissance colossale de la Russie, mais ce n'est

point pour Constanllnople , ni pour les possessions anglaises de l'Inde qu'il la redoute. Quelques lignes suffiront pour expliquer sa pense'e : « La puissance de la Russie , dit-il , ne sera complète que quand elle possédera la Suède et la Norwège. La JSonvège est la trompe du grand éléphant du Nord. » .Si l'on rëfle'chit sur cette phrase, si Ton considère que la P^ussie , riche de tout ce qui sert à la marine , n'a cependant que des mers fermées , que la Norwège lui donnerait une mer libre , d'immenses et d'utiles forets , des golfes nombreux et sûrs, et la proximité de l'Angleterre; si l'on obsene ensuite que l'usage moderne d'indemniser les souverains en transmettant les sujets de l'un à l'autre , peut opérer cette révolution d'une manière pacifique et régulière , on concevra que les craintes de M. Playfair ne sont point chimériques. M. Malte -Brun a parlé aussi , dans son Tableau de l'Europe, de la nécessité d'une forte barrière dans le Nord. J'indique enfin comme une lecture instructive la discussion sur notre culture parcellaire, et l'extrême division des propriétés qui, selon M. Playfair, réaliseront en France le conte de / 'Homme aux quarante écus. Partout on trouvera des vues sages, de bons conseils et de bonnes intentions , mais trop de propension à craindre une nouvelle catastrophe.

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