‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 4)Chapitre 46 sur 59 · LA MÉDECINE SANS MEDECIN · texte numérisé non relu

LA MÉDECINE SANS MEDECIN

notre énorme littérature médicale. Et , en eiïct , MM. Rouvicre et Laigneau , malgré leur enseigne, sont bien de véritables marcliands de drogues ; le gros livre du premier semble n'avoir été composé que pour vanter les vertus presque univers( llos du tom-purgatif , et la légère brochure de l'autre réduit toute la thérapeutique à l'emploi des dclayans. Ils ne sont donc ennemis des médecins que comme confrères , mais ils sont médecins dans l'âme ; le premier, en nous offrant sa médecine sans médecin , n'est pas fâché que l'on prenne le médecin avec la médecine, pourvu que ce médecin soit M. Rouvière ; le second suivrait volontiers ses chers délayans , si le malade appelait aussi le délayeur. Ne jugeons donc pas de la drogue sur l'étiquette; essayons de la goûter, et si elle est amère à la bouche , espérons , avec les bonnes femmes , qu'elle sera douce au cœur.

L'ouvrage de M. Rouvière est un livre dont l'analyse est toute faite quand on a dit qu'il est l'apologie et le panégyrique des puigatifs : c'est dans les humeurs qu'il voit toutes les maladies , c'est dans l'expulsion des humeurs viciées qu'il voit toute la thérapeutique. Il est ennemi de la saignée , et il faut avouer qu'à cet égard ses raisonnemens ont au moins une grande apparence de justesse. Je sens bien , d'un autre côté , ce que Sangrado pourrait dire contre la méthode de Purgon. Les saignées copieuses tirent le mauçais sang, comme dit le peuple ; mais le bon passe avec le

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mauvais, rcpond l'homme raisonnable. Les purgalions chassent les mauvaises humeurs , dit le vulgaire ; mais le bon sens nous dit que le tonipurgatif n'ayant pas une sagacité élective, il chasse les humeurs utiles et nécessaires avec les humeurs peccantes. IXins ce conflit il se trouvera sans doute MU docteur prudent , un éclectique, ennemi des doctrines exclusives, et qui prendra dans toutes les méthodes ce qu'elles ont de plus raisonnablement applicable aux différens cas. Ce moyen terme est excellent quand on choisit bien , mais la prudence , dit-on, est le partage des hommes médiocres, et qui est-ce qui veut élre médiocre? La loi de Solon rt'git la médecine comme la politique; pour se faire remarquer, il faut prendre un parti et un parti absolu. Décidons-nous donc : si nous nous rangeons sous le drapeau rouge de la phlébolomie, saignons jusqu'à siccité du système vasculaire ; si nous adoptons le drapeau varié des cathartiques , purgeons jusqu'à l'entier épuisement de l'humide radical. Nous tuerons beaucoup d'hommes ; mais les héros font -ils autre chose , et voyez comme ils sont fameux !

Je ne jjuistropme féliciter de n'avoir point ici l'obligation désagréable d'opposer médecin à médecin. Connue on n'en trouve jamais deux qui soient complètement d'accord, je choquerais un amour- propre en faisant pencher la balance, ne fût-ce que d'une ligne, vers l'un de mes deux savans, et je les blesserais peut-être tous deux en

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