APHORISMES ANTI-MEDECINS
Par F.-A. LaiGNEAU-Delangellekie , médecin anli-médecin.
De CCS deux ouvrages , qui ont beaucoup d'analogie , par le litre et par le but que les auteurs se proposent , le premier est considérable par le volume , et l'autre fort léger ; celui de M. Rouvière est bien écrit , et fort bien raisonné ; le second brille moins par le style , il fait des emprunts frcquens à divers auteurs , et son propre fonds se réduit à trente -cinq pages ; M. Rouvière n'annonce point d'apliorismes, et il nous en donne quatre-vingt-douze bien comptés; ]>L Laigneau n'annonce que des aphorismcs , et il n'en donne
L\ .MÉDECINE SANS MEDECIN. 4(ï
pas un seul. Le litre du premier ouvrage n'est point exact ; il fallait dire : La Médecine sans le médecin, et non point sans rnc'clecin; caruntrailement quelconque suppose nécessairement un médecin, c'est-à-dire une personne qui prétend guérir; et, quand on se traite soi-même, on est soi-même son médecin. Le médecin est aulre chose ; et , quand Rousseau a dit : <c Que la médecine vienne sans le médecin , )> il a voulu dire sans Vhojnme qui a le titre de médecin. M. Laigneau a fait une faute plus grave en annonçant des aphorismcs anti-médecins; l'adversatif a/?^/ ne se réunit qu'aux adjectifs , comme on dit anti-scorbutique, anti-épi leptique ^ etc.. ; ou aux mots qui signifient une chose , comme dans antidote , antiphrase , etc On peut bien dire d'une doctrine
Cju'elle est anti-philosophique, mais non pas qu'elle est anti- philosophe ; ainsi, anti ne s'applique point aux personnes. Les mois anti-pape et antipode ne détruisent pas cette règle : dans le premier, anti ne signifie point qu'on ne veut point de pape, ou que l'cm est contraire au chef de l'Eglise, mais qu'il y a eu double nomination , c'est-à-dire un pape opposé à un autre. Dans le second mot, bien qu'il paraisse désigner des personnes , anti n'est réellement opposé qu'à une chose, qmcst pode ou pied ; et , en effet, nos antipodes sont ainsi nommés parce que leurs pieds sont opposés aux nôtres. Le mot anti-diluvien ne prouverait rien ici ; d'abord parce qu'il faut écrire anté-diluvien, quand il
est qucsllon de ce qui existait av.iiil le déluge; e si l'on écrit anli-d'iliivlcii ^ on indique par ce mot une opinion qui combat la croyance au déluge. Après cette petite discussion philologique , occupons-nous de ]M. Jiouvière , qui, en nous prescrivant une jncderinc sans nic'dccin , se condamne lui-même , et semble nous dire : « Gardez-vous dé me lire et de me consulter, car je suis médecin. » Les titres singuliers de ces deux ouvrages m'avaient fait croire à une nouvelle conspiration contre la médecine , telle qn'elle est enseignée par ies docteurs passés et présens. Je m'attendais au scandale qu'auraient donné deux médecms confessant publiquement la fausseté , l'impuissance et le charlatanisme de leur art. Cet éclat n'eût pas été nouveau. Gédéon Harvée , qu'il ne faut pas confondre avec son homonyme auquel on attribue la découverte de la circulation du sang, épouvanta toute la cohorlc hippocratique en publiant un petit livre intitulé : De vanitaîibus , dolis et mcndaciis mediconim. J'ai cru avoir trouvé dans MM. Rouvière et Laigneau , des sectaires , des apostats de Ja race de Gédéon I larvée. Je ne me suis pas entièrement trompé, car pourquoi l'un voudrait-il séparer le médecin de la médecine , pourquoi l'autre se dirait-il médecin anti-médecin, s'ils ne partageaient pas l'hérésie de l'impertinent Gédéon ? Je crois néanmoins que leur véritable but était de donner à leurs ouvrages un titre capable de piquer la curiosité du public un peu fatigué de