‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 4)Chapitre 48 sur 59 · LA MÉDECINE SVNS MEDECIN · texte numérisé non relu

LA MÉDECINE SVNS MEDECIN

dérouler la liste des maladies, le toni-purgatif se trouverait à la fin de chaque article , comme Vora pro nobls à chaque ligne des litanies. M. Pvouvière y associe quelquefois \ essence éihérée , et il daigne de temps en temps admettre en concurrence les arains de santé du docteur Franck.

Après avoir exposé dans quatre cent cinquante pages, cette médecine simplifiée, M. Piouvière proclame une série d'aphorismes.

Dans le premier, le docteur nous dit que : « Aimer la vie sans craindre la mort, est la maxime du sage. » Je veux le croire ; mais un fou répondrait que plus on aime une chose, plus on craint de la perdre , et je ne sais ce que le sage répliquerait.

En voici deux autres qui paraissent incontestables , et cependant nous verrons que l'on peut les contester , tant il est difficile d'avoir quelque chose de certain en médecine : « Donnez de l'air à vos demeures : ne les encombrez pas d'habit ans. Occupez même en été, des chambres à cheminée, afin que l'air y circule avec plus de force et de liberté. Préférez un appartement au midi ; que les plafonds soient élevés. » Puis , immédiatement après : « Habitez de préférence le voisinage des jardins et des bois. Les plantes, en s' emparant des gaz délétères , sont le plus utile épurateur que l'homme doive aux bienfaits de la nature. » Yoilà ce que jusqu'ici tous les médecins ont recommandé, ce que l'on trouve dans tous les traités d'hygiène ; on nous apprend même que les arbres absorbent

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le gaz acide-carbonique, (uncslc à la vie, cl rendent de l'oxigène, gaz éminemment vital ; ainsi, tout concourt à confirmer les préceptes de M. Rouvlcre ; et cependant rcxpériencc vient de nous rejeter dans le doute , et de donner le démenti à celte théorie si vraisemblable. On me demandera quelles sont mes autorités pour contredire la croyance commune ; les voici :

Lisez les liecherchcs .statistiques sur la ville de Paris , par M. Yillot, chef des bureaux de statistique du département de la Seine ; lisez surtout le rapport fait par M. le docteur \ illermé , et lu à l'Académie royale de iNIédecine , au nom de la commission de statistique; puis vous prononcerez si vous le pouvez. Ce rapport est fait avec tout le soin et toute l'exactitude qu'il est possible d'espérer, et fondé sur une expérience de cinq années consécutives, pendant lesquelles on a constaté la mortalité des habitans de Paris, pour chacun des douze arrondissemens. On y a tenu compte des différentes expositions, du plus ou moins grand encombrement de maisons dans un espace donné, de l'étroitesse, de la largeur et de la direction des rues, de l'entassement plus ou moins considérable d'habilans dans un même quartier, de leur pauvreté ou de leur aisance respective ; on a poussé le scrupule jusqu à calculer combien de pieds carrés occupe chaque personne dans les dilférens arrondissemens, et de ce travail il est résulté :

Que ni la grandeur, ni la petitesse de l'espace ,

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ni le nombre des habitans , ni la direction des rues , nire'loignement ou le rapprochement de la rivière, ni l'exhaussement ou l'abaissement du sol , n'influent sur la mortalité relative dans les diffe'rens quartiers ; que la largeur des rues et les jardins nombreux, sont loin d'avoir sur la salubrité l'heureuse influence qu'on leur suppose , puisque les quartiers Saint-Antoine , Popincourt, du Jardin du Roi et de l'Observatoire , sont ceux où la mortalité' est la plus grande ; c'est-à-dire, qu'il y meurt annuellement un individu sur quarante-trois, tandis que dans les quartiers Saint-Martin, des Lombards et du Temple , il n'en meurt qu'un sur cinquantequatre. On a reconnu enfin, ce qu'on refuserait de croire si cela n'était pas de'montré , que dans le quartier de Montfaucon , malgré la voierie et les clos d'écarrissage, malgré l'odeur repoussante qui s'en exhale sans cesse , les habitans n'ont rien à envier à ceux des quartiers réputés les plus salubres , sous le rapport de la santé et de la longévité- Ces résultats dérangent beaucoup nos théories d'hygiène; mais que peut-on opposer à une expérience si longue, faite avec tant de soin, et si bien constatée sur les registres des naissances et des décès ?

Voici encore un aphorisme, c'est-à-dire une vérité : « Mettez une règle invariable dans les heures de vos repas, et prenez toujours une mesure à peu près égale d'alimens. Barthole , jusqu'à un âge trèsavancé, jouit d'une santé robuste, en pesant chaque

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jour ses alimens » Que signifie ce précepte?

Voici son vc'ritable sens , selon la logique : Mangez toujours à la même heure , soit que vous ayez de l'appe'tit , soit que vous n'en ayez pas, et prenez toujours la même dose d'alimens , dût -elle être trop forte ou trop faible relativement au besoin que vous éprouverez tel ou tel jour. Cela est -il raisonnable ? N'est-ce pas comme si l'on disait: « Faites en sorte que le temps ne soit jamais variable , que l'atmosphère qui influe tant sur nous , soit toujours dans le même état ; ayez toujours les mêmes dispositions , et à la même heure , n'éprouvez jamais d'inquiétudes ou de tristesse qui diminue l'appétit, ni cette santé physiologique et cette hilarité qui rendent les besoins plus vifs. » La nature a aussi ses aphorismes ; elle dit aux hommes et aux animaux esclaves : « Mange quand tu le pourras, et ce qu'on te donnera. » Elle dit aux hommes et aux animaux libres : « Mange quand tu as faim , et bois quand tu as soif. » Notez que l'auteur, si exact et si ponctuel qu'il voudrait faire peser la tranche de beefsteak ou le morceau de turbot , comme on pèse la rhubarbe et le sel d'epsom , cet homme esclave de la minute , des gros et des grains, nous dit deux pages plus loin : « Variez vos mets, variez vos boissons, rien d'exclusif dans les substances alimentaires. L'estomac est capricieux, il ne s'accommode pas d'une nourriture constamment uniforme. » Si l'estomac est capricieux , puis-je lui commander la régularité ? S'il ne s'ac-

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commode pas d'une nourriture uniforme , s'accommodera-t-il de l'uniformité dans les heures et dans la quantité' ? S'il faut varier les mets et les boissons, pourquoi ne ferait-on pas varier l'heure du repas selon l'appe'tit, et la quantité' de nourriture selon le besoin? Quant à Barlhole , est-il bien certain qu'il ait toujours pesé ses alimens avec une justesse rigoureuse!' La truffe, ou la sauce piquante, n'a-t-elle pas quelquefois ^iolé les lois de la balance ? S'il avait de temps en temps ajouté quelques onces, est-il bien certain qu'il serait mort plus tôt ? Sanctorius pesait aussi ses alimens, mais c'était pour connaître le produit de la transpiration insensible , et non pas pour s'assujétirà des repas arithmétiques. Je sais que mes idées sont contraires aux usages de la vie civile qui veut soumettre la nature au cadran ; mais les habitudes sociales ne sont pas des préceptes d'hygiène.

Il en est de même de ce prétendu axiome , relatif au sommeil: « La nature, en créant l'ordre des nuits et des jours , nous a tracé le temps du sommeil et de la veille. » L'ordre des nuits et des jours n'est point une création, mais une conséquence mathématique de la position des corps lumineux et opaques. Il fait jour partout dans l'univers, excepté derrière les corps opaques qui ne sont éclairés que d'un côté. Nous avons une nuit parce que notre globe ne peut pas présenter au soleil ses deux hémisphères à la fois ; mais la nature n'a sûrement pas institué la durée de cette nuit pour

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réglc^ le sommeil des animaux. Ceux qui sont nyc^ lalopcs veillent pendant la nuit et dorment pendant le jour ; d'autres, vivant de proie, choisissent la nuit pour Ic^urs expéditions, parce que l'obscurité leur est favorable. L'homme serait bien malheureux, si l'axiome cite était rigoureusement ^Tai ; nousautres Français, nous serions forcés de dormir seize heures en décembre , et six heures seulement en juin ; à Pétersbourg, on dormirait dix-huit ou vingt heures dans une saison , et deux ou trois dans une autre ; les habitans de l'équateur seraient seuls bien partagés ; ils auraient toujours à peu près douze heures de sommeil et autant de veille. Comment peut -on fonder des axiomes ou des aphorismes sur des causes finales que l'on imagine ? Je n'ai plus rien à dire sur M. Rouvière, ni sur son admirable toni-purgatif qui doit avoir un grand succès, s'il guérit toutes les maladies pour lesquelles ce médecin le conseille. J'ai tout dit aussi sur M. Laigneau, quand j'ai parlé de ses chers délayans. Mais je teiTninerai par quelques considérations sur la Médecine sans le médecin.

Malgré les Tissot , malgré les Buchan , malgré les Rouvière , malgré les Laigneau-Delangcllene , il faut opter entre le médecin et la nature. Je ne reconnais pas plus de médecine domestique que de médecine de bonnes femmes. Sans le médecin , toute la pharmacie du Codex n'est qu'un magasin de poisons. Si vous craignez le médecin , livrezvous à la nature , et mettez tout votre espoir dan»

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