L'AMOUR ET LA JEUNE FILLE
Un jour sous la coudrette,
L'Amour S'en vint dire à Lisette
Bonjour ï La jeune bergerette
Le vit, Et sitôt la pauvrette
Rougit.
Le dieu qui voit son trouble
Subit , D'empressement redouble ,
Et dit :
Vous savez bien , bergère ,
Charmer 5 Il faut encor, ma chère ,
Aimer.
Avec un doux sourire ,
Un mot, Rend un cœur qui soupire
Bien sot; La jeune bachelette
Se tut, Mais son âme jeunette
S'émut.
MES SOUVENIRS. 5c>7
Tandis qu'elle palpite
De peur, L'Amour saisit bien vite
Son cœur :
Dès qu'il en fut le maître ,
Il rit, Et puis le petit traître
Partit.
Tandis que la victime
Gémit , L'ingrat , fier de son crime ,
S'enfuit.
Plaignez, jeune fillette,
Lison $ Et profitez de cette
Leçon.
A CELLE QUI S'Y RECONNAITRA.
Il ne faut plus songer à moi , Me dit hier dame Lucrèce :
A l'hymen j'ai donné ma foi, Je lui dois toute ma tendresse.
Recevez ce baiser bien doux, Pour prix de votre amour sincère; Mais par respect pour mon époux, Oubliez que je vous fus chère.
Baisez encor, baisez ces yeux
Qui vous causent tant de souffrance 5
5o8 MES SOUVENIRS.
Mais que ce soit pour nos adieux, Et que ce soit sans espérance.
Ah ! si jamais je m'enflammais, 1/amour me tournerait la tête, Et j'aimerais trop si j'aimais :
Mais, grâce au ciel ! je suis honnête.
Comme elle pérorait ainsi, J'entends du bruit à la fenêtre; Aroilà mon pauvre cœur transi :
Fuyons , c'est le mari , peut-être.
Non, messieurs, c'était un amant
Qui venait vous devez m'entendre,
Et qui toussait impoliment, Parce qu'il s'ennuyait d'attendre.