LE TOMBEAU
Dans un désert loin du hameau , Sous un peuplier solitaire, Hylas éleva ce tombeau, Et sa main grava sur la pierre :
ce Quiconque en ce lieu passera, y> De douces larmes versera. »
Assis au pied du monument, Fidèle à l'ombre qu'il adore, Hylas lui conte son tourment, 11 lui parle, il l'appelle encore:
Ecoutons ce qu'il va chantant, Croyant que sa Lise l'entend.
Hélas ! tout près de nous unir Par le saint nœud du mariage, J'ai vu ma belle se mourir, Encore au printemps de son âgec Moi, qui vivais pour l'adorer, Je reste ici pour la pleurer.
Ici, j'ai reçu pour adieux, Pour dernier gage de sa flamme , Le dernier regard de ses yeux , Le dernier soupir de son âme.
Cette âme pure s'exhala, Et puis vers le ciel s'envola.
Voici le lieu de son trépas; C'est là que j'enfermai moi-même Celle qui mourut dans mes bras,
MES SOUVENIRS. 5o5
Et mourut en disant je t'aime.
Le monde n'a plus rien de beau , Plus rien pour moi que ce tombeau.
Je vous demande une faveur, Dieux qui m'avez séparé d'elle, Au moins laissez-moi la douceur D'expirer où mourut ma belle.
Amour! Amour! quand je mourrai, Dis-moi si je la reverrai.
5o6 MES SOUVENIRS.