‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 5)Chapitre 32 sur 117 · QUELQUES RÉFLEXIONS SUR L'ÉTAT FINANCIER DE L'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

QUELQUES RÉFLEXIONS SUR L'ÉTAT FINANCIER DE L'ANGLETERRE

La dette publique. Il y a vingt-cinq ans que le gouvernement anglais était déjà insolvable , et cette insolvabilité était reconnue des Anglais mêmes. Or, quand la dette est hors de toute proportion avec les facultés , quand il y a impossibilité absolue , l'augmentation de cette dette ne change pas la question ; et ceux qui n'ont pu exiger le paiement quand il était impossible , n'y pensent certainement plus quand il est devenu plus impossible encore. Et quant aux intérêts de cette dette , qui forment eux-mêmes un énorme capital, il m'est bien démontré que tant que la nation voudra et pourra supporter la surcharge de ces intérêts, il

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n'y aura rien à craindre pour le gouvernement, et l'émission du papier-monnaie me paraît plus propre à retarder l'époque fatale qu'à l'accélérer. Le desordre dans les finances. Je sais qu'il peut causer de grands maux ; mais quand la France n'a pas succombé à la chute du système de Law, quand le misérable gouvernement que l'on nommait Directoire a survécu a la banqueroute de quarante milliards d'assignats, je ne vois pas pourquoi la nation la plus industrieuse , et qui tient dans ses mains le commerce du monde , périrait dune maladie qui n'a été pour nous qu'une légère indisposition. Pourquoi d'ailleurs ces habiles économistes ne font-ils pas entrer dans leurs calculs l'heureuse position géographique de l'Angleterre? En supposant même que l'embarras dans les finances dût nécessairement causer des troubles dans la Grande-Bretagne , ces troubles auraientils en Angleterre la même importance que sur le continent? Je sais seulement que quand messieurs les Anglais ont voulu faire des folies, l'Europe a élé réduite à les regarder du rivage , et aucune armée étrangère n'est venue les mettre à la raison ; tandis que nous autres habitans de la terre -ferme , nous n'avons pas pu faire une sottise sans en rendre compte aux Autrichiens , aux Prussiens, puis aux Espagnols , puis aux Pvusses , puis à tous ceux qui ont voulu s'en mêler. Concluons donc que si l'Angleterre a pu augmenter son commerce, ses possessions et sa puissance , depuis vingt-cinq ans

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quelle est reconnue insolvable et ruinée , elle pourra bien fournir encore une pareille carrière, et dans vingt- cinq ans nous lirons d'autres brochures où l'on prédira sa chute pour d'autres causes et par d'autres calculs.

Pieste le papier-monnaie. Quand tous les hommes civilisés se sont accordés à reconnaître l'or comme le meilleur représentatif des objets nécessaires à la vie humaine , ils ont fondé leur choix sur ce que l'or étant la substance la moins altérable et la plus pesante des matières connues , son poids, sous un volume déterminé, donnait les moyens de reconnaître la fraude. Toute autre substance que l'on ne pourrait altérer, et qui inspirerait la même confiance , aurait donc la même valeur représentative quand on serait convenu de la considérer comme telle. Il est donc certain que la valeur du papier- monnaie dépend de la confiance de ceux qui le reçoivent , et de la juste proportion entre sa masse et celle des besoins. Les assignats français devaient tomber, d'abord par leur masse hors de toute proportion avec la richesse de l'État , et ensuite par la défiance , la haine ou le mépris qu'inspirait le gouvernement. Quand on me prouvera que le gouvernement anglais n'obtient aucune confiance , et qu'il y a dans ce pays surabondance de papier- monnaie , et moi aussi je prédirai la banqueroute ; mais alors même je ne serai pas certain qu'une banqueroute doive causer nécessairement la mort du corps politique.

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