DE L ANGLETERRE
La plus graiide erreur où tombent ces calculateurs économistes est de prendre leurs comparaisons dans la révolution française. Sans entrer sur cet objet dans des discussions interminables, il suffit de dire que cette révolution s'est opérée, non pas selon le calcul des probabilités et les conjectures de la raison -, mais contre tous les calculs et toutes les notions du sens commun. On a bien voulu perdre des milliards pour ne pas remplir un déficit de cinquante millions. On s'est révolté contre le despotisme royal, sous le roi le plus populaire (et peut-être trop). On a détesté et détruit la noblesse quand les nobles s'étaient mêlés dans la foule , dissimulaient leurs titres , ne se distinguaient plus ni par le ton ni par le costume , et lorsqu'un roturier aimable était préféré dans les plus hautes sociétés aux nobles ignorans ou ennuyeux. On a détruit, lorsqu'elles étaient vides, des prisons d'Etat qu'on avait respectées quand elles étaient pleines ; et , pour me servir des expressions de Rivarol , les révolutionnaires ont renversé la Bastille où ils n'auraient jamais eu l'honneur d'être enfermés , et ils ont négligé Bicêtre qui leur ouvrait ses portes.
2o8 ÉCONOMIE POLITIQUE.
ECONOMIE POLITIOUE.
Après avoir lu ce titre, bien des gens me demanderont ce que c'est que Y économie politique; et quand je leur aurai dit qu'elle est la science des administrations , que cette science est purement spéculative pour les hommes privés , et pratique pour les administrations seules , je doute qu'ils en aient une idée bien nette. Voilà cependant bientôt un siècle que Ion parle de cette science; elle a fait naître des théories , des examens , des recherches , des brochures et de gros livres , des guerres de plume, des disputes sérieuses; et c'est aux économistes, a-t-on dit, que l'on doit la révolution: car à qui n'a-t-elle pas été attribuée ? Observons en passant qu'on ne s'est occupé d'économie politique que quand les affaires ont commencé à s'embrouiller, que les beaux ouvrages des économistes n'ont pas empêché ces affaires de s'embrouiller davantage ; qu'on n'a jamais payé plus d'impôts que quand on a disserté sur la théorie de l'impôt ; que plus on est devenu savant plus on a été incertain ; et que , dans le corps politique comme dans le corps humain, le grand nombre de médecins habiles paraît avoir fait croître le nombre des malades.