LA SOIREE D'ETE
Volez , soufflez sur ces vertes fougères, Galans Zéphyrs, ministres de l'Amour, Rafraîchissez le sein de nos bergères, Et, balancés sur vos ailes légères, Opposez-vous à la chaleur du jour.
Du midi la brûlante haleine
A tiédi le cristal des eaux;
Couchée au pied de ses roseaux ,
La naïade respire à peine;
Les feux qui dévorent la plaine
Font cesser le chant des oiseaux.
Sortez de vos grottes humides,
Zéphyrs légers , accourez tous ;
Soufflez sur ces ondes limpides,
De vos ailes caressez-nous.
J'entends déjà leur troupe obéissante Murmurer doucement dans le feuillage épais; Je sens du soir la fraîcheur renaissante :
Le jeune ormeau de ces forêts
Agite sa cîme tremblante;
Un air pur, un vent doux et frais
Frémit autour de mon amante.
C'est ici, ma Myrthé, qu'habite le bonheur.
C'est pour nous seuls que la nature
Orna cet asile enchanteur 5 L'amour étend pour nous ce tapis de verdure 5
Ce ruisseau dont l'onde est si pure, Pour nous seuls d» ces bords entretient la fraîcheur ; C'est pour nous que son eau si doucement murmure. Le mystère a courbé ces arbrisseaux en fleur,
Pour former cette voûte obscure.
C'est ici , ma Myrthé , qu'habite le bonheur. Hâtons-nous d'en jouir : quand la saison cruelle De ses tristes frimats couvrira le gazon, Nous ne foulerons plus l'herbe tendre et nouvelle ; Nous ne le verrons plus, le galant papillon,
Volera Flore qu'il appelle; Nous ne l'entendrons plus, la voix de Philomèle; Nous ne l'entendrons plus, la naïve chanson Que fredonne Lycas assis près de sa belle.
L'hiver blanchira les coteaux Où l'arbre de Bacchus étale un vert feuillage;
L'hiver enchaînera les flots
Qui murmurent sous cet ombrage;
Les fruits , les roses passeront, Les bergers, les agneaux rentreront au village,
Et les plaisirs disparaîtront.
Nous te perdrons aussi, fugitive jeunesse; Comme un éclair léger tu vas t'évanouir : Nous voyons dans ces fleurs l'image du plaisir; Nous verrons dans l'hiver l'aspect de la vieillesse. Saisissons le bonheur, et mortels imprudens, N'altendon* pas l'hiver pour jouir du printemps.
Yois-tu l'astre qui nous éclaire, Vers l'occident précipiter son cours?
Myrthé, c'est l'heure où les Amours Dans les bois de Paphos accompagnent leur mère. Suivons-les, hâtons-nous de voler sur leurs pas}
Marchons au doux son de leurs lyres
Mais, que dis-je, insensé! Le bonheur n'est-il pas Par-tout où je te vois, par-tout où tu respires?
Ce ne sont point les bosquets de Vénus
Qui dispensent le bien suprême :
O mon amante ! on a tout quand on aime j
On perd tout quand on n'aime plus.