‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 5)Chapitre 63 sur 117 · LA SOIREE D'ETE · texte numérisé non relu

LA SOIREE D'ETE

Volez , soufflez sur ces vertes fougères, Galans Zéphyrs, ministres de l'Amour, Rafraîchissez le sein de nos bergères, Et, balancés sur vos ailes légères, Opposez-vous à la chaleur du jour.

Du midi la brûlante haleine

A tiédi le cristal des eaux;

Couchée au pied de ses roseaux ,

La naïade respire à peine;

Les feux qui dévorent la plaine

Font cesser le chant des oiseaux.

Sortez de vos grottes humides,

Zéphyrs légers , accourez tous ;

Soufflez sur ces ondes limpides,

De vos ailes caressez-nous.

J'entends déjà leur troupe obéissante Murmurer doucement dans le feuillage épais; Je sens du soir la fraîcheur renaissante :

Le jeune ormeau de ces forêts

Agite sa cîme tremblante;

Un air pur, un vent doux et frais

Frémit autour de mon amante.

C'est ici, ma Myrthé, qu'habite le bonheur.

C'est pour nous seuls que la nature

Orna cet asile enchanteur 5 L'amour étend pour nous ce tapis de verdure 5

Ce ruisseau dont l'onde est si pure, Pour nous seuls d» ces bords entretient la fraîcheur ; C'est pour nous que son eau si doucement murmure. Le mystère a courbé ces arbrisseaux en fleur,

Pour former cette voûte obscure.

C'est ici , ma Myrthé , qu'habite le bonheur. Hâtons-nous d'en jouir : quand la saison cruelle De ses tristes frimats couvrira le gazon, Nous ne foulerons plus l'herbe tendre et nouvelle ; Nous ne le verrons plus, le galant papillon,

Volera Flore qu'il appelle; Nous ne l'entendrons plus, la voix de Philomèle; Nous ne l'entendrons plus, la naïve chanson Que fredonne Lycas assis près de sa belle.

L'hiver blanchira les coteaux Où l'arbre de Bacchus étale un vert feuillage;

L'hiver enchaînera les flots

Qui murmurent sous cet ombrage;

Les fruits , les roses passeront, Les bergers, les agneaux rentreront au village,

Et les plaisirs disparaîtront.

Nous te perdrons aussi, fugitive jeunesse; Comme un éclair léger tu vas t'évanouir : Nous voyons dans ces fleurs l'image du plaisir; Nous verrons dans l'hiver l'aspect de la vieillesse. Saisissons le bonheur, et mortels imprudens, N'altendon* pas l'hiver pour jouir du printemps.

Yois-tu l'astre qui nous éclaire, Vers l'occident précipiter son cours?

Myrthé, c'est l'heure où les Amours Dans les bois de Paphos accompagnent leur mère. Suivons-les, hâtons-nous de voler sur leurs pas}

Marchons au doux son de leurs lyres

Mais, que dis-je, insensé! Le bonheur n'est-il pas Par-tout où je te vois, par-tout où tu respires?

Ce ne sont point les bosquets de Vénus

Qui dispensent le bien suprême :

O mon amante ! on a tout quand on aime j

On perd tout quand on n'aime plus.

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