‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 5)Chapitre 68 sur 117 · L'ERREUR ET LA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

L'ERREUR ET LA VÉRITÉ

La Vérité ? fille des cieux ,

Descend quelquefois sur la terre;

L'Erreur, d'un vol audacieux, S'élève quelquefois au séjour du tonnerre. Après plus d'un voyage, un jour chez les mortels Ces deux divinités ensemble descendirent,

Et toutes les deux prétendirent

Qu'on leur élevât, des autels.

Aussitôt, grand débat. L'enfant de la folie, L'homme, du merveilleux amateur empressé, Trouvait l'une plus belle et l'autre plus jolie,

Et dans son choix flottait embarrassé.

L'Erreur s'en aperçut, et dit à sa rivale : Yoyons qui de nous deux méritera le mieux Les honneurs et l'encens que l'on réserve aux dieux,

Disputons ce grand prix, et que chacune étale Ses qualités, ses droits et ses dons précieux. Vérité, c'est à vous de parler la première. La Vérifé parla : Mortels , écoutez bien, Dit-elle 5 vains mortels, hélas ! vous n'êtes rien. Bizarre composé d'orgueil et de poussière, Le néant vous attend au bout de la carrière; Vous allez disparaître, et malgré vos efforts, Chaque instant, même heureux, vous conduit chez les morts ; Insensés, vous vous croyez sages 5 Toujours enfans, toujours sourds à ma voix, Vous n'agissez que par de sots usager>, Que vous osez nommer des lois.

Vous vous trompez tous à la fois; Infidèles époux de femmes infidèles > Mauvais fils ou mauvais parens, Victimes ou bourreaux, esclaves ou tyrans, De ce que vous blâmez vous offrez les modèles ; Vains atomes.... L'Erreur interrompt brusquement: Mortels, n'en croyez rien, la Vérité vous ment; Vous êtes tous parfaits, admirables, sublimes, Grands dans tous vos projets et même dans vos crimes; Charmansdans vos plaisirs, superbes dans vos maux, Vous êtes tous des dieux parmi les animaux. Amans, aimez d'adorables amantes, Vos feux sont purs, ils sont constans; Vos amis sont tous vrais, vosfemmes sont charmantes. A compter d'aujourd'hui vous serez tous contens ; Si ce n'est pour toujours, du moins c'estpour long-temps. îsTe songez à la mort qu'avec indifférence : Elle est si loin de vous ! Peut-être désormais Ne viendra-t-elle plus, car ma sœur L'Espérance

Va trouver le secret de ne mourir jamais.

F on, vousnemourrez point.... A cesmots, le vulgaire,

Qui de la Vérité ne se souciait guère,

Avec un sot transport se prosterne aux genoux

De l'Erreur, qui dès-lors habita parmi nous.

La Vérité s'indigne; elle fuit et s'envole

Vers la voûte azurée où le temps la console.

On la regrette en vain 5 nos vœux sont superflus :

La déesse est au ciel, et n'en descendra plus.

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