‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 5)Chapitre 77 sur 117 · LE MIROIR ET LE PORTRAIT · texte numérisé non relu

LE MIROIR ET LE PORTRAIT

Au temps jadis une femelle Sans agrémens , sans esprit , sans beauté , Et pourtant pas sans vanité, Désira son portrait. Vint un enfant d'Apelle, Qui lorgna , dessina , mais surtout qui vanta Toutes lès grâces du modèle.

Vous êtes charmant, lui dit-elle 5 Mais ne me flattez point. Le peintre la flatta. Le portrait fait, il l'apporta.

Dieux! quel plaisir! ô surprise charmante! Mais c'est bien moi ! mais , mais j'y suis parlante ! Parens, voisins sont accourus, Qui répétèrent en chorus :

Il est parlant! mais c'est à s'y méprendre. Si ce n'est que madame a l'air encor plus tendre, Le coloris plus frais, plus de feu dans les yeux 5 A cela près , le portrait est au mieux. Ainsi dans l'art croyant voir la nature , L'original admirait la peinture, Sans se lasser de la revoir, Quand par malheur la folle aperçoit un miroir.

Ciel! quelle horreur, dieux! quelle glace impure! Que ce verre est mauvais! que ce miroir est faux! Il m'a renversé la figure.

Vite au miroir elle tourna le dos Et caressa la miniature.

On chérit le flatteur qui cache nos défauts , On fuit l'ami qui les censure.

MÉLANGES. 3o

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