‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 5)Chapitre 76 sur 117 · L'ŒIL ET L'OREILLE · texte numérisé non relu

L'ŒIL ET L'OREILLE

Un jour l'œil disait à l'oreille :

Écoutez bien ; Vous vous croyez une merveille :

Il n'en est rien.

Quand un sot parle , pour l'entendre

Faut vous prêter;

Qu'un son soit aigre, dur ou tendre,

Faut l'écouter.

Je suis, soit dit sans vous déplaire,

Bien mieux construit , Et ne crains pas d'être en colère

Au moindre bruit.

Je puis m'ouvrir à la lumière

Pour un tendron, Et vite fermer ma paupière

Sur un laidron.

Quand vous êtes près de Zélie ,

Ne voyez pas Combien elle est fraîche et jolie ,

Qu'elle a d'appas; Ne voyez pas son teint d'albâtre,

Cet œil fripon , Ces dents , ce cou que j'idolâtre ,

Ce pied mignon. ....

Lasse de ce vain étalage,

L'oreille dit:

Ami , songe donc qu'avec l'âge

Tout s'enlaidit.

Profite bien près de Zélie De son printemps ; Mais tout se fane, tout s'oublie

Avec le temps.

Un jour son air sera moins tendre,

Son teint moins beau ; Mais j'aurai plaisir à l'entendre Jusqu'au tombeau.

MES SOUVENIRS. IfiS

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