LE RUISSEAU
Dans la plus belle des prairies , Le plus beau des ruisseaux coulait paisiblement}
Sur ses rives toujours fleuries Les zéphyrs amoureux se berçaient mollement.
Dans le miroir de son onde argentée, On admirait des cieux l'image répétée 5
Enfin son cristal toujours pur
Lui fit donner le nom d'Azur.
Il eût en vain couru jusqu'au bout de la terre , Qu'il n'eût jamais trouvé de séjour plus charmant § Aussi demeura-t-il dans ce lieu solitaire,
Qu'il ne quitta pas d'un moment.
Notre gentil Azur, toujours pur et tranquille, Caressant tour à tour l'œil, l'oreille et le goût, Circulait, serpentait dans ce charmant asile $ Et seul en ce séjour il s'y trouvait partout. Or il apprit qu'une grande rivière, Non loin de lui roulait son onde altière. Ciel ! le voilà jaloux ! adieu tout son repos. Funeste ambition! crédules que nous sommes,,
Que tu nous a causé de maux !
Tu viens de corrompre les hommes,
Tu vas corrompre les ruisseaux.
Flatteuse et terrible nouvelle !
De notre ambitieux déjà Tonde étincelle 5 Il s'agite, il se gonfle, il veut franchir ses bords Pour braver un rival qui rit de ses efforts,
Qui ne le connaît pas peut-être.
Azur, mon cher Azur, ton sort était si beau?
Pourquoi vas tu chercher un maître?
Il foule sans pitié les fleurs qu'il a fait naître
Pour arriver à son tombeau.
Il se presse, il l'atteint, il y mêle son eau,
Qui s\ perd bientôt tout entière.
Qu'arriva -t-il? chacun parla de la rivière,
Mais on oublia le ruisseau.