‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 5)Chapitre 83 sur 117 · ET LE JEUNE HOMME · texte numérisé non relu

ET LE JEUNE HOMME

Un vieillard , armé d'une faulx , Portant des ailes à son dos , Allait fauchant les parterres de Flore.

Une rose venait d'éclore , Il la coupa. Dieux! lui dit un Zéphyr 5 Cruel ! peux-tu bien sans frémir , Ravir à mon amour la rose que j'adore ? Je venais de l'épanouir Pour en faire hommage à l'Aurore.

Elle n'est plus ! que vais-je devenir?

Elle n'est plus ! hélas ! si jeune encore...» De tout anéantir si la soif te dévore ?

Appesantis ton inflexible bras Sur ces fleurs sans parfum , sur ces roses fanées ,

Filles de Flore abandonnées, Qui vont mourir demain, et qu'on ne plaindra pas* Mais respecte du moins la jeunesse et les charmes... Tais-toi, lui dit le Temps, je sais ce que je fais ; De cette fleur qui te coûte des larmes , Un jour de plus eût fané les attraits; Alors elle eût péri sans te causer d'alarmes,

Sans emporter un seul de tes regrets.

Plus heureuse cent fois, elle meurt regrettée. Au milieu d'un beau jour, dans la nuit emportée 9 Celte fleur à tes yeux sans cesse s'offrira;

Quand tu seras même infidèle, Tu surprendras ton cœur à soupirer pour elle; A ce doux souvenir, il s'épanouira,

Et tu diras : Elle fut toujours belle.

MES SOUVENIRS. 47 l

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