SCÈNE XV
Les Précédées ,. LA COMTESSE.
LA COMTESSE
Comte , je vais partir, recevez mes adieux Ciel! que vois-je? Euphrosine!
CORADIN
Oui, madame, c'est elle.
Un Dieu la préserva de ma fureur cruelle. Mais il reste un soiqjçon qu'il nous faut éclaircir. Parlez; sur quel motif l'avez- vous pu noircir? Répondez. De quel crime était-elle coupable?
LA COMTESSE
De la calomnier me croyez-vous capable?
Elle a fait évader le jeune prisonnier;
l32 EUPHROSINE ,
Vous avez le billet de ce beau chevalier. Il y dit qu'Euphrosine est sa libératrice...
ALIBOUR
IMadame, il faut ici que je vous avertisse Qu'à rinstant deux soldats ont saisi le geôlier.
LA COMTESSE, avec surprise.
Le geôlier !
ALIBOUR
Le geôlier ! Il faut croire à l'entendre Que des gens scrupuleux à garder un secret Sur la rive du Pihône étaient allés l'attendre, Et voulaient le noyer pour le rendre discret. Ses complices...
C'est moi.
CORADIN
Vous.
LA COMTESSE
Je saurai moi-même Dévoiler devant tous cet affreux stratagème. Oui, c'est moi qui, cédant à mon démon jaloux, Ai su de Coradin enflammer le courroux. Je voulais supplanter ou perdre une rivale, Et tant que je vivrai je lui serai fatale. C'est moi qui , par mon or, corrompis le geôlier. Et qui lis évader le jeune prisonnier.
( A Coradin. ) Je voulais par ta main immoler cette femme ; Et si quelque douleur s'élève dans mon àme,
COMÉDIE. l33
Si j'ai quelque regret, c'est le ressentiment De voir que tous mes coups sont tombés vainement.
{ Elle sort. )