‹ Œuvres de F.-B. HoffmanChapitre 126 sur 263 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

ÉRASISTRATE, SÉLEUCUS.

ÉRASISTRATE.

Le roi s'avance , il faut dissimuler.

SÉLEUCUS

Eh bien! que dois-je craindre, et qu'allez-vous m'apprendre

Des dieux, ou de vos soins, quel secours dois-je attendre?

Vous ne répondez pas: vous me faites trembler.

Mon fds

ÉRASISTRATE.

De ses douleurs j'ai pénétré la cause; Mais de les apaiser je n'ai pas le pouvoir.

SÉLEUCUS

Comment?

ÉRASISTRATE.

A son bonheur un obstacle s'oppose.

SÉLEUCl s.

Eh ! quel est son tourment?

ÉRASISTRATE.

Un amour sans espoir.

SÉLEUCUS

L'amonr! ô ciel! est-il possible?

Aux voeux d'Antiochus qui peut être insensible! Ah! s'il m'eût confié le secret de son cœur, Il m'aurait vu bientôt souscrire à son bonheur. Quelle fière beauté ne serait pas jalouse D'obtenir son hommage et d'être son épouse?

Amoureux, jeune, fds de roi, Aimable , à ses désirs qui peut s'opposer?

ÉRASISTRATE.

Moi.

SÉLEUCUS

Vous !

ÉRASISTRATE.

Seigneur, vous allez en convenir vous-même.

Le devoir, l'amour et l'honneur Me forcent, malgré moi, de vouloir son malheur,

C'est mon épouse enfm qu'il aime.

SÉLEUCUS

Votre épouse! qu'entends-je?

ÉRASISTRATE.

Il m'en a fait l'aveu, Et de cet étrange délire Rien ne peut éteindre le feu.

SÉLEUCUS

Votre épouse ! eh! comment?

ERASISTRATE

Je vais vous en instruire.

l68 STRATONICE,

Deux ans sont écoulés depuis qu'en votre cour, Par voire ordre, seigneur, je lis quelque séjour. J'amenai mon épouse; elle est jeune, elle est belle; Antiochus la vit, il soupira pom' elle : La voir, l'airaer, brûler du plus ardent amour, En gémir, tout cela fut l'ouvrage d un jour.

SÉLEUCUS

O malheureux effet d'un naturel trop tendre ! Fatal amour !

ÉRASISTRATE.

Jugez s'il a du me surprendre.

SEI.EUCUS, après un silenre.

INIon cher Erasistrate, aimez-vous votre roi ?

ÉRASISTRATE.

Seigneiu", vous connaissez et mon zèle et ma foi. Vous pouvez les mettre à l'épreuve.

SELEUCUS

Ah! je vous en demande une bien grande preuve. Par un divorce heureux, sauvez, sauvez mon fils. Qu'il s'unisse à l'objet dont son cœur est épris.

ÉRASISTRATE.

Quoi ! céder une épouse ! une épouse que j'aime? Ah! seigneur! pourriez- vous me faiie cet affront ?

SÉLEUCUS

Votre bienfait serait extrême, iNIais les miens le surpasseront.

ÉRASISTRATE.

Non , seigneur, cessez d'y prétendre.

SÉLEUCUS

Rendez-moi mon cher fils, sauvez- le du trépas. Voulez-vous mes trésors? ne vous contraignez pas; De moi vous devez tout attendre.

ÉRASISTRATE.

Seigneur, gardez votre or, je n'y puis consentir.

SELEUCUS, avec impatience.

Tu veux donc le laisser périr ?

ÉRASISTRATE.

Eh ! qui peut d'un époiix compenser la tendresse?

Qui peut égaler sa tristesse ,

Quand il perd l'objet de ses feux?

.Te ne descendrai point à ce marché honteux,

SÉLEUCUS, avec colère.

Ta femme

ÉRASISTRATE.

Voudrait-on me la ravir de force ?

SÉLEUCUS

Je n'en ai pas la cruauté , Mais choisis dans ma cour une jeune beauté, Et consens qu'un heureux divorce Fasse notre félicité.

ÉRASISTRATE.

Mais, seigneur, feriez vous im paieil sacrifice ? SÉLEUCUS.

Comment ?

i 70 SÏRAÏONICE ,

ÉRASISTRATE.

Supposons entre nous Qu'Antiochus aimât la belle Stratonice , Dites, seigneur, que feriez-vous?

SÉLEUCUS.à part.

Que veut-il ?

ÉRASISTRATE.

Décidez vous-même.

SELEUCUS, après avoir observé le médecin.

Je vous entends, je vois votre détour; Stratonice est l'objet de ce. fatal amour; Oui , c'est elle que mon ûh aime.

ÉRASISTRATE.

Eh bien! vous l'avez dit. Prononcez sur leur sort. Choisissez, ordonnez leur bonheur ou leur mort. Sur ce malheur peut-être il eût fallu me taire; JNlais je vous crois sensible et généreux, ÎNIaintenant c'est à vous à faire Ce que vous désiriez que je fisse pour eux.

SÉLEUCUS, d'un air rêveur.

Ils s'aiment.

ÉRASISTRATE.

Pourriez-vous regarder comme un crime Cette discrète ardeur qu'il n'osait découvrir? D'un tourment qu'il cachait déplorable victime , Par respect pour son père , il se laissait périr.

SÉLEUCUS, d'un air sombre.

Gardes! (Les gardes paraissent.)

Faites venir mon fds et la princesse.

(// s'assied, et paraît rêver profondément.)

ÉRASïSTRATE.

O ciel! quelle sonibre tristesse!

Le monarque irrité songe-t-il àp>iriir?

Ai-je perdu son fils en voulant le servir?

SCÈINE XIV.

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