‹ Œuvres de F.-B. HoffmanChapitre 132 sur 263 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

CRÉON , DIRCÉ, JASON, Femmes de Dircé, Troupe DES Argonautes, Femmes corinthiennes, Soldats, Peuple de Curinthe.

( Créon et Dircé se sont placés sur un trône ; toute la troupe passe devant eux , et porte en triomphe la toison dor, et une image du vaisseau Argo.)

CHŒUR pendant la marche.

Belle Dircé, l'invincible Jason Porte à vos pieds le prix de sa victoire : Il vous offre en tribut ses lauriers et sa gloire , Et de Colchos la brillante toison.

UNE FEMME

Quels que soient les lauriers que dispense Bellone ,

TRAGÉDIE, t83

Les myrthes de Paphos ont cent fois plus d'appas. C'est des mains de Vénus que le dieu des combats Reçut sa plus belle couronne.

CHŒUR GÉNÉRAL

Belle Dircé , l'invincible Jason Porte à vos pieds le prix de sa victoire, Il vous offre en tribut ses lauriers et sa gloire, Et de Colchos la brillante toison.

DIRCÉ

Colchos!... ô nom fatal ! ô funeste présage !

JASON

Que vois-je? Quel sombre nuage Obscurcit l'éclat de vos yeux?

( A ces mots Dircé descend du tràne, Jason et Créon la suivent sur le devant du théâtre ; et le peuple témoigne de l'inquiétude sur V effroi de Dircé. )

CREON

INIa fdle , un noir chagrin troublerait-il tes vœux ? Ah ! tu n'as point de maux que mon cœur ne partage. Poiu-quoi me les cacher? Parle.

DIRCE.

CREON

Ciel!

Je le veux.

DIRCE.

{A Jason.)

Ah! mon père Ah! seigneur, pardonnez si des larmes

Se mêlent au bonheur que l'hymen me promet:

l84 MÉDÉE,

Mais sans cesse un trouble secret

M'agite et me remplit d'alarmes.

Plus les nœuds de Ihymen ont pom' moi de douceurs^ Plus je dois redouter la fortune jalouse. Le dirai-je, seigneur? vous avez une épouse.

Et son nom seul inspire la terreur.

Tout l'univers connaît les fureurs de Médée; Chaque jour, chaque instant m'en retrace l'idée, Je crois toujours la voir, l'œil ardent de courroux, Venir, le fer en main, réclamer son époux.... Dieux !

JASON

Âh! ne craignez rien de sa rage impuissante; En proie à ses remords, it)fortunée, errante , Elle expie aujourd'hui tons les maux qu'elle a faits, Et ses malheui's surpassent ses forfaits.

DIRCÉ

Mais elle est vôtre épouse; elle est abandonnée

JASON

Depuis que j'ai rompu ce fatal hyménée , Dans des déserts lointains , elle a porté ses pas, Et peut-être le ciel, par un juste trépas, A mis fin à sa destinée.

DIRCÉ

Vous connaissez son art; quoique loin de ces lieux , Un seul jour, un moment peut loffrlr à nos yeux, Les élémens, Tenfer sont soumis à ses charmes : Pom- reprendre ses droits, elle va tout tenter.

Son art, sa fureur et ses larmes, Si je m'unis à vous, j'ai tout à redouter.

TRAGEDIE. l85

CRÉON

Ah ! c'est trop s'occuper d'un présage funeste , Ma fille, espérons tout de la bonté céleste,

( A tous deux. ) Et laissons à ces dieux qui doivent vous unir, Le soin de dévoiler le douteux avenir.

MORCEAU n ENSEMBLE.

Dieux et déesses tutélaires , Veillez sur mes enfans, je vous invoque tous : Ne rejetez pas mes prières , Qu'ils soient les plus heureux époux, Et je serai le plus heureux des pères.

TOUS

Tendre hymen , viens serrer les liens les plus doux, Et daigne exaucer nos prières.

JASON et DIRCÉ.

Doux hymen, ta céleste voix Porte le calme dans mon âme.

Nous ne connaîtrons que tes lois , Nous n'éprouverons que ta flamme.

Doux hymen , etc.

TOUS

Pénètre deux époux de ta divine ardeur ;

De myrtes immortels viens tresser leurs couronnes : L'amour nous promet le bonheur , Mais c'est toi seul qui nous le donnes.

l86 MÉDÉE ,

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