ARGONAUTES
O ciel! fuyons son aspect odieux.
PEUPLE
Fuyons , fuyons son aspect odieux.
{he peuple fuit et se dissipe ai>ec effroi; Dircé tombe évanouie entre les bras de ses femmes; Créon reste étonné, Jason confus; et Médée immobile fixe les yeux sur son époux avec une fureur effrayante. )
l88 MÉDÉE,
SCÈINE VI.
MÉDÉE , JASON , CRÉON , DIRCÉ soutenue par ses femmes.
MÉDÉE, à Jason.
Tu croyais que l'exil m'écarlalt de ces lieux; Et menant à l'autel ta nouvelle conquête , Oubliant mes bienfaits, brûlant de moulrager, De ton parjure hymen tu disposais la fête : Mais je respire encore , et c'est pour me venger.
CRÉON
De quel droit, de quel front, étrangère et coupable, Osez-vous pénétrer au sein de mes états?
MÉDÉE
Du droit des malheureux que la fortune accable.
Vos malheurs ? Ah ! plutôt , dites vos attentats. Pensez-vous que Créon ne les punisse pas? Impunément croyez-vous qu'on m'offense ?
MÉDÉE
Je vous ai déjà dit, seigneur, que ma vengeance Ne prétend effrayer ni vos peuples ni vous. Je sais trop dans ces lieux que je suis étrangère ; Mais j'y viens réclamer un infidèle époux , Et rompre un hymen adultère.
DlRCÉ.
O présages trop vrais ! Malheureuse ! Ah ! mon père.
CRÉON
Ma fille, ne crains rien d'un impuissant courroux. En vain notre ennemie affronte la tempête, La foudre va bientôt éclater sur sa tête : Avant que le soleil se cache dans les flots, Elle ne pourra plus troubler notre repos. MÉDÉE, à Cvéon.
Modérez-vous, seigneur, et d'une infortunée Gardez -vous , croyez-moi , d'irriter la douleur. Les biens sont passagers, respectez le malhem', J'en suis un triste exemple. Une seule journée Peut d'un règne brillant effacer la splendeur. Si .Tason , si Dircé sont chers à votre cœur , Piompez, rompez, Créon, ce fatal hyménée. Mais si vous ajoutez à mes ressentimens , Si vous forcez Jason à trahir ses sermens.
Des plus noires horreurs mon âme possédée
Tremblez ! à ses fiireurs vous connaîtrez Médée. ( Dircé tombe entre les bras de ses femmes. )
Ma fille, calme ta frayeur, Je saurai de Médée étouffer la fureur.
Au fils de Pélias il faut faire justice , Acaste la demande, et son courroux vengeiu' Fera de la coupable un affreux sacrifice.
MÉDÉE
Cette lâche menace est indigne d'un roi. Je pourrais d'un seul mot... Mais je sais me contraindre. Les ennemis qui ne sont point à craindre N ont rien à redouter de moi.
I go MÉDEE ,
CRÉON
C'est à vous de trembler, femme impie et barbare , Créon de vos forfails arrêtera le coms. Frémissez des tom'mens que l'enfer vous prépare.... ( En sortant. ) INIédée a vu le dernier de ses jours, ( Créon sort avec Dircé que sesjemmes soutiennent. )