SCÈNE V
MEDÉE, JASON, NÉRIS, elle se retire dans le fond. JASON.
Vous voyez les effets d'un aveugle courroux; Vos fureurs, vos transports sont retombés sur vous. Oubliant qu'en ces lieux vous êtes étrangère, Vous ne prenez conseil que de votre colère. Votre inflexible cœur, toujours prompt à haïr, Menace mon repos, jure de me punir.
Vous désirez ma mort; mais malgré votre haine, Jason de vos malheiurs ne peut se réjouir. Et même en ce moment, sensible à votre peine, Lorsque vous l'outragez , il songe à vous servir. Oui , c'est votre intérêt qui près de vous m'amène , Et je viens vous offrir tous les soulagemens Qui peuvent de l'exil adoucir les tourmens. MEDÉE.
C'est donc peu qu'au mépris de la foi conjugale ,
Le perfide Jason trahisse ses sermens !
C'est donc peu qu'il préfère une indigne rivale
A la mère de ses enfans !
De paraître à mes yeux, le perfide a l'audace. Par une offre honteuse, il ose m'outrager;
Que dis-je ? Il ose envisager L'épouse qu il trahit , qu'il délaisse , qu'il chasse.
JASON
Ces reproches cruels....
MÉDÉÊ.
Ils seront les derniers ,
TRAGEDIE. 2o5
Seigneur, j'apprends enfin à céder à l'orage :
Les maux qne j'ai soufferts ont brisé mon courage.
Mon triste cœur n'a plus les sentimens altiers
Que les fils du soleil reçurent en partage;
Je sens qu'un esprit fier, sensible et généreux,
Convient mal aux mortels, quandils sont malheureux,
Et dans l'abaissement où Médée est réduite,
Elle ne songe plus qu'à préparer sa fuite.
Vous voulez, dites-vous, adoucir mes tourmens :
Vous m'offrez des secours ! J'accepte vos largesses,
Mais je demande un bien plus cher que vos richesses.
JASON
Que voulez-vous ? parlez.
MÉDÉE
Laissez-moi mes enfans.