‹ Œuvres de F.-B. HoffmanChapitre 148 sur 263 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

(Le ciel est irès-ohscur; on entend gronder le tonnerre; le théâtre ne reçoit de lunuère que celle des éclairs gui brillent par interi^alle. Après un bruit d'orage , on voit Néris sortir du côté du roi avec les deux fils de Medée; ils portent la couronne et la robe destinées à Dircé. Quand ils sont devant le temple , ils s'arrêtent et le scduent; ils passent ensuite en silence au palais oii ils entrent. L,' orage continue, et après quelques momens, on voit Medée descendre lentement du sommet de la montagne. Sur sa tête est attaché un voile noir, parsemé d'étoiles d'argent, et qui flotte sur ses épaules; ses cheveux sont épars, sa tunique est rouge et noire ; elle a les bras nus^ et tient un poignard dans la main. )

'MEDtE, seule devant le temple.

Pienx qui m'avez prêté vos secours destructeurs, pieux du Styx, hâtez -vous d'accomplir vos faveurs:

2r4 MÉDÉE,

La mort sur ce palais va déployer ses ailes,

Et le couvre déjà des ombres éternelles.

Il me reste à frapper les plus terribles coups:

Venez, fils de Jason, je n'attends plus que vous.

C'est vous que j'ai choisi pour couronner mes crimes;

Chers enfans, vous serez mes plus belles victimes:

Mais ne m'accusez point de verser votre sang;

C est Jason, c'est lui seul qui vous perce le flanc...

L univers apprendra comment je fus vengée;

Il saura ce que peut une femme outragée,

Et mon nom immortel va devenir l'effroi

Des indignes époux qui trahiront leur foi.

On vient... Filles du Styx, soutenez mon courage;

D'un reste de faiblesse affranchissez mon cœur;

N'y laissez régner que la rage.

Juste ciel! Quel frisson! quelle subite horreur!

O nature! que vais-je faire?

Que vois-je!...

( Le ciel s'éclaircit peu à peu , et le jour parait. )

Page 1