‹ Œuvres de F.-B. HoffmanChapitre 153 sur 263 · OPERA EN TROIS ACTES · texte numérisé non relu

OPERA EN TROIS ACTES

REPRESEÎîTE POUR LA PREMIERE FOIS SUR LE THEATRE DE LA RÉPUBLIQUE ET DES ARTS, LE l6 PRAIRIAL AN VII.

7HÉATRE. T. I. l5

PERSONNAGES

ADRIEN

FLAMINIUS, consul, ami d'Adrien.

SABINE, dame romaine, promise à Adrien.

RUTILE , tribun militaire.

COSROÈS, roi des Parthes.

EMIRÈNE , fille de Cosroès.

PHARNASPE, prince Parthe, amant d'Emirène.

Suite de Sabiîîe.

Suite d'Emirène.

Prêtres, Syriens, Sacrificateurs.

AYERTISSEMEIST.

L'opéra d'Adrien devait être représenté en 1792. La commune de Paris s'y opposa , sous prétexte que l'ouvrage était dans des principes royalistes. On trouvera dans le volume des Mélanges, tome m de cette édition, la lettre que l'auteur écrivit, à ce sujet, à M. Pétion , alors maire de Paris. Cette réclamation ne fut point écoutée. Un autre motif de la ridicule réprobation des censeurs portait que les chevaux qui devaient traîner le char d Wdrien avaient appartenu à la reine Marie-Antoinette. Ainsi , voilà d'innocens quadrupèdes atteints et convaincus de conspiration contre la sûreté de l'Etat. Qu'on ne s'imagine pas que ces censeurs , qvii mettaient des chevaux au nombre des suspects , fussent tous des juges ignorans; ils comptaient parmi eux un très-grand artiste qui avait la faiblesse de regretter d'être peintre , ne se croyant né que pour être législateur. M. Hoffman lui porta sa pièce en le priant de l'examiner avec une attention particulière ; rien ne put le faire changer d'avis; il alla même jusqu'à déclarer que la commune de Paris brûlerait l'opéra , plutôt que d'y voir triompher des rois. L'auteur d'Adrien sentant bien que toutes ses objections seraient inutiles, se contenta de lui répondre que le choix d'un sujet d'opéra ou de tableau ne prouvait rien contre le civisme d'un auteur, puisque dans Tun des chefs-d'œuvre de l'Ecole française ,

les Horaces jurent de combattre pour le roi Tullus. « J'en conviens, répondit David, aussi ne suis-je pas à me repentir d'avoir traité un pareil sujet. » Cette anecdote nous a été plusieurs fois racontée par M. Hoffman , qui n'en était pas moins l'un des admirateurs du plus célèbre de nos peintres.

Après la chute de Robespierre, INI. Sageret, alors directeur de Feydeau, manifesta l'intention de monter l'opéra d'Adrien. Le théâtre de la République et des Arts , aujourd'hui Académie royale de INlusique , fit écrire dans quelques journaux pour revendiquer l'ouviage. A cette occasion , ]M. Hoffman publia la déclaration suivante :

« L'opéra d'Adrien , dont la commune du 2 septembre a empêché les représentations, et auquel l'auteur n'a rien voulu changer , parce qu'il n'y avait rien vu de coupable, appartient aujourd'hui au théâtre Feydeau, Cet ouvrage , tant calomnié et tant désiré , n'a mérité

Nî cet excès d'honneur, ni cetlc indignité.

» On a voulu me forcer à retrancher ou à refaire quelques vers de cet ouvrage. Des conseils littéraires m'auraient trouvé docile ; des ordres despotiques m'ont trouvé inflexible. IM'ordonner de travailler, c'est me condamner à la paresse.

» Quand le public , qui seul est mon juge , désapprouvera quelques scènes de mon ouvrage, ces scènes disparaîtront; si l'autorité s'en mêle, les scènes resteront, fussent-elles mauvaises, et mon opiniâtreté lassera même la tyrannie.

» Au théâtre Feydeau, cet ovmage prouvera que ses admirateurs et ses détracteurs ont également eu tort de s'échauffer sur un si petit sujet; mais il prouvera du moins que l'auteur fera plutôt mille mauvais vers qu'une bassesse.

» On répand que l'Opéra a des droits sur cet ouvrage : oui, sans doute, il en a, si les mauvais procédés, l'esprit de jacobinisme et la barbarie sont encore des droits. Qu'il vienne les faire valoir, je l'attends.

» On a dit que les auteurs d'Adrien avaient reçu des avances sur cet ouvrage. Ceux qui répandent ce bruit sont aussi vils que les municipaux qui régnaient alors. Pour moi, je n'ai reçu de l'Opéra que de mauvais traitemens; je ne nie pas la dette.

» Pour INIéhul, il est incapable de traiter avec un théâtre, s'il avait des engagemens avec un autre.

HoFFMA is. »

Adrien allait être représenté lorsque M. Sageret fiit forcé d'abandonner son entreprise. Le théâtre Feydeau étant fermé , et l'administration de l'Opéra n'étant plus la même , les auteurs lui rendirent l'ouvrage, qui fut enfin représenté le 16 prairial an 7. Mais il était dans la destinée de cette pièce de provoquer sans cesse de nouveaux scandales. Geoffroy l'ayant attaquée avec une sévérité poussée jusqu'à l'injustice , M. Hoffman lui répondit , et cette guerre produisit les deux écrits qu'on trouvera dans le volume des Mélanges , à la suite de sa lettre au maire de Paris.

Mentionné honorablement dans le rapport sur les prix décennaux, Adrien y est mis immédiatement après la Vestale. L'opéra de M. Hoffman n'a pas été inutile à M. Esménard dans la composition du Triomphe de Trajan.

ADRIEM.

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