‹ Œuvres de F.-B. HoffmanChapitre 155 sur 263 · SCÈNE IL COSROÈS, PHARNASPE · texte numérisé non relu

SCÈNE IL COSROÈS, PHARNASPE

COSROES.

Oh ! des Césars combien l'orgueil m'offense ! Dieux ! et vous permettez que sous leur glaive heureux .,

L'univers fléchisse en silence!

Jusqu'à quand, Jupiter, combattras-tu pour eux? Ah! si ma fille prisonnière Par ses dangers n'enchaînait ma fureur, Du triomphe moi-même effaçant la splendeur, Au milieu de l'éclat dont son âme est si fière , J'attendrais le tyran pour lui percer le cœur,

PHARNASPE.

Ah! seigneur, modérez ou cachez votre haine.

A ce noble ressentiment, Cosroès se trahit sous ce déguisement.

Proposons aux Romains la rançon d'Emirène. Mais si, comme on le dit, épris de ses appas, Le vainqueur a juré de ne la rendre pas.

N'écoutons plus que notre rage; Mettons tout notre espoir dans un dernier effort , Piavissons au tyran ce trop précieux gage , Cherchons aveuglément la victoire ou la mort. COSROÈS.

O digne époux d'une fille chérie, Ta noble audace a soulagé mon coeur.

PHARNASPE.

Pharnaspe à votre fille a consacré sa vie , Il vivra son époux , ou mourra son vengeur.

ENSEMBLE

O dieux! témoins de nos alarmes , Si des Romains, toujours Vous protégez les armes , Epargnez mon épouse et terminez mes jours.

COSROÈS.

O dieux ! auteurs de nos alarmes , Si des Romains, toujours Vous protégez les armes, Epargnez mes enfans et terminez mes jours. ( On aperçoit des troupes de soldais et de peuple qui passent de Vautre côté du fleuve ^ et Von entend les instrurnens qui annoncent la marche.)

Qu'entends-je?... du vainqueur le triomphe s'apprête.

COSROÈS.

Et nous serions témoins de cette indigne fête ! CHŒUR DU PEUPLE.

Ainsi toujours combats pour nous, Vainqueur du Parthe et de l'Asie , Et que le ciel qui prend soin de ta vie , Te comble des biens les plus doux.

( he bruit redouble, et le peuple se rassemble sur la rive opposée et sur le poni^ pour voir Adrien à son passage. )

COSROÈS ET PHARNASPE.

O Jupiter! seconde-nous!

Finis mon malheur ou ma vie; Livre ma tête au vainqueur de l'Asie, Ou fais qu'il tombe sous mes coups.

234 ADRIEIS ,

COSROÈS.

Sur rOronte déjà le peuple se rassemble; Je ne puis soutenir ces odieux apprêts; Pharnaspe. éloignons-nous, et concertons ensemble Les moyens d accomplir nos terribles projets.

( Ils sortent. )

SCÈAE III.

ADRIEN, FLAMINIUS, ÉMiRÈNE, RUTILE, Peuple d'A>'tioche, Soldats romains, Prêtres syriens, Prisonniers PARTHEs, Femmes d'Emirène , Lutteurs, Gladiateurs, Tibiaires, et tout le cortège d'une pompe triomphale*

CHŒLR DE PEUPLE.

Sage héros, toujours grand, toujours juste, Redoutable à F Asie, et dans Ptome honoré. Soutiens les lois, et que ton front auguste S'accoutume au laurier sacré.

(Après le premier chœur on voit Adrien passer sur le pont, porté sur un pavois. )

CHŒUR

Sage héros , etc.

(Adrien descend. Les peuples vaincus viennent lui rendre hommage, et les Syriens forment plusieurs danses. )

CHŒUR DE FEMMES, chanté et dansé.

Chéri de ]Mars et d'Apollon , Des ennemis vaincus. César, reçois l'hommage, Et que l'écho du plus lointain rivage , Apprenne à répéter ton nom

CHŒUR GÉNÉRAL

Sage héros, toujours grand, toujours juste. Redoutable à l'Asie, et dans Rome honoré , Soutiens les lois, et que ton front auguste S'accoutume au laurier sacré.

ADRIEN

Soldats, fiers soutiens de l'empire , Vous voulez que mon bras dirige vos exploits. Puissé-je des Romains justifier le choix !

C'est la seule gloire où j'aspire.

Ce n'est point moi que vous servez.

C'est Rome , Rome seule à qui vous vous devez. Au faîte des grandeurs je saurai reconnaître Que je suis votre chef, et non pas votre maître. Respectons, vous les lois, et moi la liberté. Général et soldats, ce saint nom nous rassemble. Général et soldats nous servirons ensemble Pour la gloire de Rome et sa prospérité.

CHŒUR, avec transport.

Sage héros , etc.

{Le dwcîiissemeni recommence , et il consiste en danses voluptueuses formées par le peuple de Syrie y et en jeux militaires des Romains. )

ADRIEN interrompt le divertissement.

Dérobez aux captifs l'appareil d'une fête

Qui peut accroître leur douleur :

Qu'ils entrent au palais, et surtout qu'on les traite Avec tout le respect que l'on doit au malheur. {Les captifs passent devant Adrien et le saluent, puis ils

entrent au palais. Emirène les suit avec ses femmes ;

mais au moment où elle passe, Adrien l'arrête.)

536 ADRIEN

ADRIEN

Allez, belle Emlrène; embellissez l'asile Que j'ai pris soin d orner pour soulager vos maux, Et puisse enfin votre âme plus tranquille , ^^ Céder aux douceurs du repos ! ' X

ÉMIRÈNE.

Seigneur, depuis l'instant où vainqueiu- de mon père, Vous m'avez sans pitié ravie à son amour, Votre captive , en proie à sa douleur amère , Gémit toute la nuit, et pleure tout le jour.

ADRIEN

Belle captive , apaisez vos alarmes !

Je ne suis point un farouche guerrier :

Ah! si mes soins ont pour vous quelques charmes, Je mettrai mon plaisir à vous faire oublier Qu'Adrien fit couler vos larmes.

Lorsqu'aux vaincus je donne ici la loi, Ma puissance sur vous n'étend point son empire,

Et dans ces lieux où votre cœur soupire, {Plus bas.) Vous êtes plus libre que moi.

FLAMINIUS, bas à Adrien.

O César ! d'un Piomain est-ce là le langage ?

ADRIEN, à part.

o gloire trop sévère ! ô pénible combat !

RUTILE , à Adrien.

Un prince suppliant, et suivi d'un soldat.

De Cosroès vaincu vient vous porter l'hommage.

FLAMIMUS.

C'est Pharnaspe.

ÉMIRÈNE , à part.

Grands Dieux ! soutenez mon courage.

ADRIEIS.

Emirène, que vois -je? un funeste nuage De vos yeux a terni l'éclat.

FLAMINIUS, à César.

Songez à votre gloire.

ADRIEN , à part.

O pénible combat !

( à Emirène. )

Allez, belle Emirène; embellissez l'asile Que j'ai pris soin d'orner pom' soulager vos maux; Et puisse enfm votre âme plus tranquille , Céder aux douceurs du repos !

( Ernircne passe dans le palais avec ses Jemmes. )

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