SCÈNE IV. • ADRIEN, FLAMINIUS, RUTILE, Soldats, Peuple
ADRIEN
A mes yeux maintenant l'étranger peut paraître.
( Rutile sort. ) FLAMINIUS.
Dans ce jom- de triomphe, une femme peut-être...
ADRIEN
Ami, je vous entends, reposez-vous sur moi.
FLAMINIUS, à part.
Dieux! César à ce point peut-il se méconnaître? Un Piomain soupirer pour la fille d'un roi !
238 ADRIEN
SCÈ^E Y.
Les Précéde>s , PHARNASPE , COSROÈS en soldat Parthe , RUTILE les précède.
PHARNASPE, à Adrien.
Dans ces lieux tout brillans de ta magnificence ,
Quand le ciel voit d'un œil jaloux Le monde entier de Rome embrassant les genoux , ^r^ César, un ennemi vient avec confiance ' De ton cœur magnanime implorer la clémence.
Adversaire inégal, j'ai voulu trop long-temps Au héros des Romains disputer la victoire; Mais vaincu par ton bras , ébloui par ta gloiie , Je dépose à tes pieds tous mes ressentimens.
ADRIEN
Pharnaspe , espérez tout de Pvorae triomphante : Oui, même ses rivaux, alors qu'ils sont soumis , Accueillis dans son sein, deviennent ses amis; Et Rome est généreuse autant qu'elle est puissante.
PHARNASPE.
Généreuse! César, tu peux me le prouver; C'est toi, c'est ta vertu que je viens éprouver. Depuis un mois entier la princesse Emirène Regrette sa patrie, et gémit sous ta chaîne; Ordonne , et de ces murs qu'elle sorte avec moi , Je t'offre une rançon digne d'elle et de toi.
ADRIEN , fièrement.
Comment à cet échange avez-vous pu prétendre .'* Je mets toute ma gloire à combattre, et mes mains
Ne font point un commerce indigne des Romains. César fait des captifs, et ne sait pas les vendre.
PHARNASPE.
Ainsi donc , sans rançon, tu consens à la rendre ?
'ADRIEN , avec dépit.
Du sort des prisonniers Rome doit décider : Je veux les y conduire; et la belle Emirène , Comme un autre , à ma suite, y portera sa chaîne; C'est là, prince, qu'il faut la venir demander.
ftHARNASPE.
Avant que jusqu'à Rome on la force à te suivre, Emirène, seigneur, aura cessé de vivre. Cette jeune beauté , captive de César, Serait indignement attachée à son char ! Crois-tu que son amant souffre cette infamie ^
ADRIEN
Son amant? Quel est-il?
PHARNASPE.
Tu le vois devant toi.
ADRIEN, à part.
Ociel!
PHARNASPE.
A mon amour quand elle fut ravie , Par les nœuds de l'hymen elle allait m être unie, Et dès long-temps le ciel a reçu notre foi.
FLAMINIUS, à part.
Quelle épreuve , César !
24o ADRIEN ,
ADRIEN, à part
O destin trop contraire !
( A Pharnaspc. )
Mais pourquoi dans ces lieux ne vois-je point son père? Respire-t-il encore? A-t-il craint mon aspect? Quels sont ses sentimens?
COSROES , qui s'avance.
Je les sais, il te hait, ADRIEN.
Qu'entends-je ? Quel est donc ce soldat qui m'outrage ?
Je suis ton ennemi, je le serai toujours; Et si le ciel enfin seconde mon courage , De tes prospérités j'interromprai le cours.
ADRIEN se lève.
Holà, gardes!,., mais non, dans un jour si prospère, Je puis bien d'un barbare excuser la colère,
COSROÈS.
Va! cesse d'affecter une fausse vertu; Réponds-nous sans détour , parle-nous sans mystère : Rendras-tu la captive, ou la garderas-tu?
ADRIEN
Vous avez entendu ma volonté dernière , Craignez que mes soldats, justement ii'rités, Ne vous fassent connaître à qui vous insultez.
PHARNASPE , à Adrien.
Garde cette beauté qui te sera fatale ,
Mais Cosroès un jom' peut trouver un vengeur.
COSROÈS.
Et si sa force égale sa valeur , Le deuil suivra de près ta pompe triomphale.
( // sort avec Pharnaspe. )