ADRIEN, ÉMIRÈNE, FLAMINIUS, SABINE
Soldats.
SABINE , à Adrien.
Seigneur , enfin le ciel comble mon espérance , Je revois Adrien : les Romains et les dieux Ont orné de lauriers son front victorieux. J'oublie en le voyant les tourmens de l'absence. Que de momens cruels loin de vous j'ai passés! Que les jours étaient longs à mon impatience !
Mais je vous vois enfui; mes maux sont effacés
Vous détournez les yeux vous gardée le silence
Pourquoi cette contrainte , ou cette indifférence?
ADRIEN , à part.
Hélas!
258 ADRIEN
SABINE
Vous soupirez quel accueil! quel maintien !
Sabine dans César ne voit plus Adrien.
ADRIEN
Sabine!....
SABINE
Expliquez -vous : quel chagrin vous dévore ? ADRIEN.
Ciel!
SABINE. Ne déchirez pas un cœur qui vous adore.
ADRIEN , à part.
Rien ne peut égaler le trouble de mes sens. {Haut.) De grâce, épargnez-moi
SABINE
Cruel! je vous entends.
Il est donc vrai! brûlant d'une flamme nouvelle De votre souvenir vous m'avez pu chasser ? On me l'a dit cent fois, je n'ai pu le penser : Fidèle à mon amoiu-, je vous croyais fidèle. Mais tout ici confurme un funeste soupçon , Et déjà dans mon cœur il verse le poison.
ADRIEN
Oui , vous voyez mon trouble extrême , Je ne le cache point , tous mes sens sont émus :
Frappé de mille objets conâis, Je rougis , je frémis , j'ai honte de moi-même , Mes yeux sont égarés, je ne me connais plus.
OPÉRA. 2 5c)
Mon cœur ne cherche point à voiler sa faiblesse;
Indigne de votre tendresse ,
Indigne de votre courroux , Je ne dois plus songer qu'à m'éloigner de vous.
N'attendez pas que je m'excuse ,
Je sens toute ma trahison , Plus fortement que vous peut-être je m'accuse; IVIais un charme fatal a séduit ma raison. Ce trouble me poursuit, me déchire , m'accable; A vous , à mes amis , à moi-même odieux , Je ne dois que vous fuir, et cacher à vos yeux
La honte d'un amant coupable.
Mon cher Flaminius , venez , suivez mes pas , Dans ce désordre affreux ne m'abandonnez pas. ( Il entre sous la grotte , Flaminius le suit, ainsi que les soldats qui gardaient le palais et le souterrain. )