ADAM, ABEL
ABEL
Quoi! mon père , en ces lieux vous devancez l'aurore ?
ADAM
J'adorais l'Eternel, je le priais encore...
ABEL
Quoi! vous songez toujours à ces temps malheureux
Où l'Ange...
ADAM
C'est pour toi que je faisais des vœux. Je l'avouerai, mon fds, ma désobéissance Du Dieu que j'offensai mérita la vengeance. Le premier des humains fut rebelle à sa loi, Et je serais heureux s'il n'eût puni que moi : Mais ton frère te hait; pour mon âme sensible, N'est-ce pas, cher Abel, un châtiment terrible?
ABEL
Mon frère m'aimera, j'ose encor l'espérer; Il sera mon ami, j'irai l'en conjurer.
Peut-on haïr long-temps? haïr est une peine, Et ma tendre amitié fatiguera sa haine.
ADAM
Cher Abel , comme toi que n'est-il généreux !
ABEL. Mon père , il faut le plaindre , il est bien malheureux.
Unissons-nous pour le rendre sensible , Nous obtiendrons ce fortuné retour :
Son cœur serait-il inflexible?
Il est aimé; qu'il nous aime à so-î lour.
Quand il verra couler nos larmes , D im doux transport son cœur va s'animer :
Pourrait-il trouver plus de charmes A me haïr que j'en trouve à l'aimer?
ADAM
Mais si ton espérance est vaine...
ABEL
Ne croyez pas qu'Abel le haïsse à son toiu:. ADAM.
Et s'il est constant dans sa haine...
ABEL
Je le serai dans mon amour.
ENSEMBLE
Dieu juste , à qui tout est possible , Pour un infortuné j'implore ton secours; Le jour qu'il deviendra sensible Sera le plus beau de nos jours.