‹ Œuvres de F.-B. HoffmanChapitre 193 sur 263 · ADAM, ABEL · texte numérisé non relu

ADAM, ABEL

ABEL

Quoi! mon père , en ces lieux vous devancez l'aurore ?

ADAM

J'adorais l'Eternel, je le priais encore...

ABEL

Quoi! vous songez toujours à ces temps malheureux

Où l'Ange...

ADAM

C'est pour toi que je faisais des vœux. Je l'avouerai, mon fds, ma désobéissance Du Dieu que j'offensai mérita la vengeance. Le premier des humains fut rebelle à sa loi, Et je serais heureux s'il n'eût puni que moi : Mais ton frère te hait; pour mon âme sensible, N'est-ce pas, cher Abel, un châtiment terrible?

ABEL

Mon frère m'aimera, j'ose encor l'espérer; Il sera mon ami, j'irai l'en conjurer.

Peut-on haïr long-temps? haïr est une peine, Et ma tendre amitié fatiguera sa haine.

ADAM

Cher Abel , comme toi que n'est-il généreux !

ABEL. Mon père , il faut le plaindre , il est bien malheureux.

Unissons-nous pour le rendre sensible , Nous obtiendrons ce fortuné retour :

Son cœur serait-il inflexible?

Il est aimé; qu'il nous aime à so-î lour.

Quand il verra couler nos larmes , D im doux transport son cœur va s'animer :

Pourrait-il trouver plus de charmes A me haïr que j'en trouve à l'aimer?

ADAM

Mais si ton espérance est vaine...

ABEL

Ne croyez pas qu'Abel le haïsse à son toiu:. ADAM.

Et s'il est constant dans sa haine...

ABEL

Je le serai dans mon amour.

ENSEMBLE

Dieu juste , à qui tout est possible , Pour un infortuné j'implore ton secours; Le jour qu'il deviendra sensible Sera le plus beau de nos jours.

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