‹ Œuvres de F.-B. HoffmanChapitre 194 sur 263 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ADAM, EVE, ABEL, TIRSA, MÉALA, Enfans.

ADAM

Approchez , mes enfans, l'heure de la prière Nous appelle en ces lieux.

3oO ABEL ,

ABEL

Je ne vois point mon frère.

EVE

Il soupire sans cesse , il se plaint , il gémit , Et semble nous haïr autant qu'on le chérit. Insensible aux tourmens que cause son absence, Des plus sombres forêts il cherche le silence; Les lieux les plus affreux ont pour lui plus d'appas Que ceux où chaque jour nous lui tendons les bras. Ah! quand je vois Abel, quand je pense à son frère. Je sens qu il est bien doux, bien cruel d'être mère.

MÉALA.

Encore cette nuit , agité , furieux , Appelant le sommeil qui fuit loin de ses yeux, Il écartait ma main , quand j'essuyais ses larmes; jNIes caresses semblaient redoubler ses alarmes. J'attendais que l'aurore, en ramenant le jour. Ramenât dans son cœur et la paix et Tamour: Vain espoir! du soleil l'éclatante lumière Semblait le tourmenter et blesser sa paupière; Puis poussant tout-à-coup de longs gémissemens. Il sortit sans vouloir embrasser ses enfans.

ADAM

Je vais le ramener; l'autorité d'un père...

ABEL

Ah! c'est à l'amour seul que doit céder un frère: Respectons ses chagrins, il en a plus que nous; Rientôt il reprendra des sentimens plus doux. J'ai l'espoir qu'en ces lieux il va bientôt se rendre , C'est en priant pom' lui que nous devons l'attendre.

TRAGÉDIE. 3oi

ADAM

Eh bien! je l'attendrai, mon Abel, tu le veux... Quand il fuit loin de nous, faisons pour lui des vœux.

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