‹ Œuvres de F.-B. HoffmanChapitre 206 sur 263 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

CAÏN

Où vais-je? demeurons en ce lieu solitaire. J'y puis pleurer en paix, y cacher ma misère: Ces épaisses forets, ces antres ténébreux, Ces stériles rochers pour moi n'ont rien d'affreux. Non, rien. Je te salue, asile aride et sombre! Dieu t'a fait pour Caïn; couvre-le de ton ombre: Ta triste obscurité convient à ma douleur; Abel est loin de toi, tu plairas à mon cœur. Et vous que j'ai maudits, épouse, père, mère, Conservez votre Abel, mais oubliez son frère. Soyez heureux sans moi, je ne m'en plaindrai pas; La haine dans ces lieux n'a point suivi mes pas. Jouissez du bonheur que le ciel vous apprête ; Adieu; mais gardez-vous de troubler ma retraite. Je suis seul sur la terre ; et mon cœur, sans fierté , N'a plus qu'un sentiment, l'insensibilité. Toi, que j'ai cru long-temps exilé de la terre, Sommeil, viens me prêter ta langueur salutaire; Sois le Dieu de Caïn , il t'adresse ses vœux; Tu ne dois plus le fuir, il n'est plus malheureux.

322 ABEL

AIR

Doux sommeil , dans ce lieu paisible

Verse-moi Foubli de mes maux ;

Doux sommeil , un cœur insensible

N'est heureux que par ton repos.

Je sens déjà ton charme inexprimable.

Ta douce ivresse a pénétré mes sens :

Mon âme est calme , un voile impénétrable S'appesantit sur mes yeux languissans.

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