SCÈNE II
CAÏN, ANAMALEC.
( Caïn s'endort au pied d'un buisson. Anamalec s'élève derrière lui, tenant en main la massue Jorgée dans les enfers. )
ANAMALEC.
Tu dors, Caïn, tu dors; mais ton ennemi veille. Hâte-toi de jouir, ce n'est pas pour long-temps. Je t'apprendrai bientôt, par de nouveaux tourmens.
Que jamais l'enfer ne sommeille.
Démons , emparez-vous de son cœur agité ; Tourmentez son esprit par un horrible songe ; Et sous le voile du mensonge , Découvrez-lui l'affreuse vérité.
( La montagne s'ouvre, et l'on découvre dans la vapeur un horizon immense. Anamalec Jait voir dans un tableau magique tous les maux réservés à la postérité de Gain. Dans tout ce tableau , la musique accompagne les différentes images qui s'ojjreni à Caïn. )
Caïn, de l'avenir perce l'obscurité;
Vois à quel prix tes fils couvriront cette terre ,
De leur triste postérité.
L'homme partout à l'homme a déclaré la guerre^
Vois sa longue calamité,
Orgueil, avarice, colère,
Artifice, méchanceté,
Trahison, désespoir, misère...
Gain , de l'avenir perce l'obscurité.
CVlN , en dormant,
O douleur ! ô tourment! tout mon cœur se déchire! ANAMALEC,
Jetons ce malheureux dans un nouveau délire;
Frémis, Caïn, frémis : contemple tour à tom*
Les maux qui vont pleuvoir sur ta race coupable, Et le bonheur inaltérable
Dont les enfans d'Abel doivent jouir un jour.
[Le tableau change ; il présente un site agréable , et une pantomime analogue offre l' image d'un peuple heureux. )
CHŒUR DE BERGERS , dans le lointain.
Tout ici nous offre l'image Des plaisirs les plus enchanteurs.
Nous avons un ciel sans nuage.
Nos oiseaux ont un doux ramage , Tous nos champs s émaillent de fleurs ; Nous dansons gaîment sous l'ombrage ; Nous coulons des jours sans orage , Rien n'en peut troubler les douceurs:
Tout ici nous offre l'image Des plaisirs les plus enchanteurs.
324 ABEL
CAÏN
O supplice !
ANAMALEC.
O triomphe !
CAÏN
o soif de la vengeance!
ANAMALEC.
Eveille-toi, saisis ce fer; En ces lieux ton frère s'avance...
Voilà le présent de Tenfer.
{Il jette la massue près de Caïn, et il disparaît. )