GAIN, ABEL
Que vois-je? Abel! x\bel! Ah! ma rage redouble.
ABEL
Enfin je te retrouve. Eh quoi! ton œil se trouble
CAÏN
Fuis, malheureux!
ABEL
Te fuir?
CAÏN
Ote-toi de mes yeux.
Je te hais.
ABEL
Moi, je t'aime.
526 ABEL
CAÏN
Abandonne ces lieux.
ABEL
Moi fuir! je te cherchais,
CAÏN
Quelle est ton espérance ?
ABEL
De vivre près de toi, d'adoucir ta souffrance.
CAÏN
Tu 1 augmentes encor.
ABEL
J'espère te fléchir.
Va-t-en, je t'ai maudit.
ABEL
Moi , je viens te bénir.
Je devance en ces lieux et mon père et ma mère, Le ciel m'en récompense en me rendant un frère.
CAÏN
Un frère !
ABEL
Je le suis.
CAÏN
Non, tu ne m'es plus rien.
ABEL
Rien?
TBAGEDIE. 027
CAÏN
Moi, ton frère?
ABEL
Abel sera toujours le tien.
CAÏN
Tu veux donc m'obséder, me poursuivre sans cesse ,
M'irriter?
ABEL
Non, je veux mériter ta tendresse.
Il est donc vrai qu'Abel est né pour mon tourment.
ABEL
Il veut te rendre heureux, on ne l'est qu'en aimant.
AIR
Cède à Tamitié d'un frère; Ne déchire pas son cœur.
Songe aux larmes d'une mère Dont tu causes le malheur.
Cède à l'amitié d\in frère , Ne consulte que ton cœur.
Ah ! pourquoi faut-il que la haine Vienne briser d'aussi beaux nœuds?
Résister à l'amour est sans doute une peine , Il t'en coûterait moins pour devenir heureux. Cède à l'amitié d'un frère , Son cœur est ouvert au tien :
Epargne une tendre mère.
Cède à l'amitié d'un frère; Ton bonheur fera le sien.
328 ABEL
CAIN , d'une voix concentrée.
Quelle horreur me saisit. Je frémis je m'égare
Âbel ! un grand malheur aujourd'hui se prépare.
Dans mon cœur irrité d'affreux pressentimens
Un avenir funeste Ah! fuis, il en est temps.
Cache-toi, cache-toi; c'est l'enfer qui m'anime
Il a parlé de sang, il veut une victime!
Cache-toi.
ABEL
Sur mon sein laisse-moi te presser; Viens dans mes bras.
Serpent, tu voudrais m'enlacer?
ABEL
Je veux toucher ton cœur.
CAÏN
Il est tout à la haine.
ABEL
Toi qui peux tout sur lui, Dieu,
qui connais sa peine, Par des signes ccrisins montre-lui
ton pouvoir ; Apprends-mni si mon cœur doii
s'ouvrir à l'espoir.
Ne permcU pas, grand Dieu, qu'un
frère soit barbare.