‹ Œuvres de F.-B. HoffmanChapitre 209 sur 263 · GAIN, ABEL · texte numérisé non relu

GAIN, ABEL

Que vois-je? Abel! x\bel! Ah! ma rage redouble.

ABEL

Enfin je te retrouve. Eh quoi! ton œil se trouble

CAÏN

Fuis, malheureux!

ABEL

Te fuir?

CAÏN

Ote-toi de mes yeux.

Je te hais.

ABEL

Moi, je t'aime.

526 ABEL

CAÏN

Abandonne ces lieux.

ABEL

Moi fuir! je te cherchais,

CAÏN

Quelle est ton espérance ?

ABEL

De vivre près de toi, d'adoucir ta souffrance.

CAÏN

Tu 1 augmentes encor.

ABEL

J'espère te fléchir.

Va-t-en, je t'ai maudit.

ABEL

Moi , je viens te bénir.

Je devance en ces lieux et mon père et ma mère, Le ciel m'en récompense en me rendant un frère.

CAÏN

Un frère !

ABEL

Je le suis.

CAÏN

Non, tu ne m'es plus rien.

ABEL

Rien?

TBAGEDIE. 027

CAÏN

Moi, ton frère?

ABEL

Abel sera toujours le tien.

CAÏN

Tu veux donc m'obséder, me poursuivre sans cesse ,

M'irriter?

ABEL

Non, je veux mériter ta tendresse.

Il est donc vrai qu'Abel est né pour mon tourment.

ABEL

Il veut te rendre heureux, on ne l'est qu'en aimant.

AIR

Cède à Tamitié d'un frère; Ne déchire pas son cœur.

Songe aux larmes d'une mère Dont tu causes le malheur.

Cède à l'amitié d\in frère , Ne consulte que ton cœur.

Ah ! pourquoi faut-il que la haine Vienne briser d'aussi beaux nœuds?

Résister à l'amour est sans doute une peine , Il t'en coûterait moins pour devenir heureux. Cède à l'amitié d'un frère , Son cœur est ouvert au tien :

Epargne une tendre mère.

Cède à l'amitié d'un frère; Ton bonheur fera le sien.

328 ABEL

CAIN , d'une voix concentrée.

Quelle horreur me saisit. Je frémis je m'égare

Âbel ! un grand malheur aujourd'hui se prépare.

Dans mon cœur irrité d'affreux pressentimens

Un avenir funeste Ah! fuis, il en est temps.

Cache-toi, cache-toi; c'est l'enfer qui m'anime

Il a parlé de sang, il veut une victime!

Cache-toi.

ABEL

Sur mon sein laisse-moi te presser; Viens dans mes bras.

Serpent, tu voudrais m'enlacer?

ABEL

Je veux toucher ton cœur.

CAÏN

Il est tout à la haine.

ABEL

Toi qui peux tout sur lui, Dieu,

qui connais sa peine, Par des signes ccrisins montre-lui

ton pouvoir ; Apprends-mni si mon cœur doii

s'ouvrir à l'espoir.

Ne permcU pas, grand Dieu, qu'un

frère soit barbare.

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