SCÈNE III
» CAÏN , ë veillé.
Qu'ai-je vu? quelle horreur l'avenir me prépare? Le ciel me punit donc jusque dans mes enfans?
Ceux d' Abel seront triomphans !
Jusque dans mon sommeil tu me poursuis, barbare!
Abel! Abel!... je voulais l'oublier.
INIon cœur peut-être un jour am-ait fait davantage: Avec lui j'aurais pu me réconcilier.
Avec lui? non , jamais. Je suis tout à la rage;
Caïn ne peut point se trahir.
Son cœur n'est qu'amertume, il est fait pour haïr.
( // voit la massue. ) Quel objet! quel rapport! je le voyais en songe. Ah! ce présage affreux n'était point un mensonge.
Il me disait : Tiens, prends ce fer; Ce fer!... Ah! saisissons ce présent de l'enfer.
( Dès que Caîn a touché la massue , il chante le même air que les démons ont charité en la forgeant.)
AIR
Tremble, indigne frère,
Tremble d'approcher
Ce lieu solitaire ;
Rien à ma colère
Ne peut t'arracher.
Quoi donc ! ton image importune Vient troubler mes plus doux instans!
Je te devrai mon infortune, Et le malheur de mes enfans!
Tremble , indigne frère , etc.
{Fin du morceau de musique. )