‹ Œuvres de F.-B. HoffmanChapitre 218 sur 263 · ANTÉNOR, CALLIAS · texte numérisé non relu

ANTÉNOR, CALLIAS

CALLTAS.

Mon fils, il est venu ce temps où la patrie Vous prescrit des devoirs nouveaux;

L'heure a sonné pour vous , et toute votre vie Doit être consacrée à de nobles travaux. La Grèce est menacée; en ce péril extrême Armez-vous , remplacez un père qui vous aime , Surpassez-moi , mon cœur n'en sera pas jaloux. L'éclat qu'on tient d'un fils doit paraître aussi doux

Que celui qu on tient de soi-même.

Vous n'êtes plus à moi, vous vous devez à tous. Vous êtes, dès ce jour, un soldat de la Grèce. Vous n'êtes plus à moi que par votre tendresse,

Et par Tamour que j'ai pour vous,

ÂNTÉNOR.

Je confirmerai, je l'espère.

Les sentimens qu'un fils a pu vous inspirer. Mais quel danger pressant m'éloigne de mon père? Pourquoi, dans ce moment faut-il m'en séparer?

CALLIAS

Les ennemis, mon fils, inondent la Phocide. Ce satrape orgueilleux , ce fier Mardonius , Rassemble les soldats que nous avons vaincus. Les Perses sont nombreux, le Grec est intrépide. Opposons à la force un courage indompté. Si nous ne l'obtenons, arrachons la victoire; N'ayons de guide enfin que l'amour de la gloire, De gloire que la liberté.

Entends la voix delà patrie; Arme-toi, vole à son secours.

C'est à cette mère chérie Que tu dois consacrer tes jours.

Déjà les enfans de la Grèce

344 CALLIAS

S'élancent dans le champ d'honneur: Tout s'émeut, s'agite, se presse, Tout brûle de la même ardeur, Et le Grec au danger mesure sa valeur.

Celui qui combat sous un maître A-t-il celte mâle fierté?

Un esclave peut-il connaître Le pouvoir de la liberté?

L'homme libre est seul intrépide} La noble fureur qui le guide Double la vigueur de son bras j Et si sa force l'abandonne, S'il meurt victime de Bellone, Il tombe et ne s'étonne pas.

ANTÉNOR

Vos sublimes accens ont passé dans mon âme;

Mon être s'agrandit, et la jçloire l'enflamme.

O mon père! Anténor sera digne de vous.

Mais dans ce joiur, hélas! un sentiment bien doux

CALLIAS

Expliquez-vous, mon fils.

ANTÉNOR

Dans mon cœur faible et tendre , Du dieu qui séduit tout la voix s'est fait entendre.

Ce cœur n'a pu lui résister, Il ne sait qu'obéir, et se laisse emporter.

CALLIAS

Vous aimez?

ANTÉNOR

Oui , je fais un aveu qui vous blesse , L'amour.T..

CALLIAS

L'amour, mon fils, n'est point une faiblesse. Connaissez mieux celui qu'en tout temps, en tout lieu, L'homme reconnaissant adora comme un dieu. Que je plains les mortels nés pour rindifférence! La sensibilité double notre existence.

L'amour, ce feu divin, source de tout plaisir, Par un lien sacré nous attache à la vie ; Sans lui plus de parens, sans lui plus de patrie, Et vivre sans aimer, ce n'est qu'un long mourir. Moi-même que tu crains de trouver trop sévère. Ne fus-je pas amant avant d'être ton père ? Que d'austères parens, esclaves de l'erreur. Condamnent dans un fils ce qui fit leur bonheur ! Je n'imiterai point cette vertu farouche : Ton bonheur, Anténor, est tout ce qui me touche.

IMon fils est mon unique bien ; Ce qui peine ton cœur, peine encor plus le mien;

Ce qui te blesse me déchire ,

Et mon désir est dans le tien.

Cède donc au transport qu'un noble amour t'inspire; Sois amant, sois époux, et surtout citoyen.

ANTÉNOR

Je serai votre fils.

CALLIAS

A l'amitié d un père Ne cache rien de ton secret.

Nomme-moi celle qui t'est chère; De ton amom" dis -moi quel est l'objet.

ANTÉNOR

La fille de Mégès

346 CALLIAS

CALLIAS

Cléone?

ANTÉNOR

A ma tendresse.

CALLIAS

O mon fils! conçois-tu toute mon allégresse?

INIcgès lui-même dans ce joiu'

Pour toi me proposait sa fille , Et les nœuds de Thymen , assortis par l'amour , A la mienne aujourd'hui vont unir sa famille. Je vais accélérer ce fortuné moment.

Ton père ne craint point qu'un si beau sentiment Nuise jamais à ceux où ton devoir t'engage; De ta gloire, mon fils, que l'hymen soit le gage , Et montre aux ennemis que le pins tendre amant Porte dans les combats le plus mâle courage.

{Il sort.)

SCÈINE III.

ANTÉNOR, seul.

L'ai -je bien entendu? N'est-ce point une erreur '' Je vais posséder ce que j'aime !

Dans ce jour, dans ce moment même, Tout conspire pour mon bonheur.

O charme trop puissant ! délicieuse ivresse !

Mon cœur est oppressé de sa vive allégresse.

Dieux! si de mon bonheur vous n'êtes point jaloux.

Inspirez à Cléone une égale tendresse;

Faites qu'elle confirme un espoir aussi doux.

AIR

O nia chère patrie !

Ne crains pas qu'en ce jour Mou cœur te sacrifie Aux plaisirs de l'amour. »— Non, non, mère chérie.

Ne crains pas qu'en ce jour Aux plaisirs de l'amour Mon cœur te sacrifie.

Si le plus doux des nœuds Me fait chérir la vie , La chaîne qui me lie A l'objet de mes feux , En me rendant heureux , M'attache à la patrie.

J'en atteste les dieux , La Grèce dans mes vœux Ne sera point trahie.

Non, non, mère chérie.

Ne crains pas qu'en ce jour Mon cœur te sacrifie Aux plaisirs de l'amour.

Oui, je te consacre ma vie.

Ce n'est point un pénible effort De combattre et mourir en servant sa patrie ; Et si bientôt une flèche ennemie Au champ d'honneur vient terminer mon sort, O mes amis I dites avec transport :

Qu'Anténor est digne d'envie !

Il eut la plus heureuse vie , Et la plus glorieuse mort.

Mais quelqu'un dans ces lieux s'avance.

C'est elle.... Je désire et tremble tour à toiu-.... Ah ! je sens que la crainte accompagne l'amour.

348 CALLIAS

Non , je ne puis soutenir sa présence. Est-ce à la crainte, à Tespérance , O mon cœur, que tu dois céder!

Sortons, rassurons-nous avant de l'aborder,

{Il sort.)

SCÈISE IV.

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