‹ Œuvres de F.-B. HoffmanChapitre 22 sur 263 · XXXVI NOTICE · texte numérisé non relu

XXXVI NOTICE

listes qu'il usait de cette spirituelle fraiictise. Il rétendait jusque sur les gouvernemens qui, alors, se succédaient avec une effrayante rapidité. A leur égard , son opposition allait jusqu'à l'imprudence. Non content d'avoir lutté , pour son opéra à^ Adrien j contre Pétion et la Commune du 2 septembre, il ne cessait d'attaquer, par ses plaisanteries , les ridicules de son temps, et c'était en plein foyer qu'il argumentait avec le redoutable Mazuel , l'un des commandans de la force armée parisienne , et avec un homme de lettres ultrajacobin, qu'il secourut depuis de sa bourse. Long- temps, Hoffman ne fut point inquiété. Il dut cette tolérance à un nommé Calvet, qui , de blanchisseur , était devenu officier municipal, et à qui la police de l'Opéra- Comique était souvent confiée. Quoiqu'il différât d'opinion avec Hoffman , il avait conçu pour lui une grande estime , et il répondait à toutes les dénonciations : <f Ce n'est pas un aristocrate dangereux 5 il dit tout ce qu'il pense; la république n'a rien à craindre de lui ; au surplus , il remplit tous ses devoirs de citoven. » Ces devoirs se

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bornaient, pour Hoffman , à monter la garde le plus rarement qu'il pouvait. Un jour, pendant qu'il était en faction , il lui arriva une aventure qui mérite d'être racontée.

Logé hôtel Mesnars , rue de la Loi , aujourd'hui rue Richelieu, il s'y trouvait, par suite du départ de plusieurs voyageurs , seul locataire avec un ex-al>bé dont les sentimens patriotiques s'énonçaient d'une manière non équivoque , et qui ne connaissait plus d'autre culte que celui du dieu Marat, Sur ces entrefaites, UQ billet de garde arrive pour Hoffman , et le voilà , la pique en main , se promenant devant la porte de sa section. Tout-à-coup, un agent de l'autorité vient requérir la force armée pour arrêter un aristocrate , rue de la Loi , hôtel Mesnars. A ces mots, Hoffman ne doute pas du sort qui l'attend , puisqu'il n'y a que lui d'aristocrate dans le lieu désigné. Cependant, il fait bonne contenance. Plusieurs citoyens de service s'élancent yers leur proie, et le malheureux factiojinaire reste fidèlement à son poste , attendant , avec une anxiété bien naturelle , le triste dénouement qu'il prévoit. Observé de tous

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côtés, il lui était impossible de fuir j d'ailleurs, c'eût été s'avouer coupable. Il ne fut tiré de cette situation , vraiment dramatique , que par le retour des soldats expéditionnaires. Ils avaient saisi le criminel et l'avaient conduit au tribunal , où , disaientils , son affaire Jie serait pas lo7igue. Remis un peu de son trouble, mais redoutant encore un quiproquo , Hoffman les interroge avec précaution , et il apprend que l'individu arrêté n'est autre que l'abbé son commensal , dénoncé comme faux patriote et comme agent des ennemis de la république. On avait trouvé dans sa cliambre une malle remplie d'objets qui témoignaient de son attachement à la royauté. On conçoit avec quelle attention Hoftinan écouta ces détails, et qu'il se garda bien d'en contester l'authenticité.

Cependant l'espèce de tolérance dont on usait envers lui touchait à son terme. Peu de temps après il fut mandé à la barre du Comité de salut public. Quoiqu'il y eût du danger à désobéir , il trouva qu'il y en avait davantage à se rendre à une pareille invitation , et considéra l'ordre comme non

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avenu. Le propriétaire de l'hôtel Mesnars , ayant beaucoup d'estime pour Hoffman , ne voulut pas qu'il logeât ailleurs; il le cacha chez lui, en lui ménageant un point de retraite par les derrières de sa maison , qui touchaient à la rue des Colonnes dont la construction n'était pas encore achevée. Pendant sa captivité volontaire , Hoffman coucha tout habillé, prêt à fuir au moindre signal de son hôte ou de ses filles^ qui faisaient alternativement sentinelle à une petite fenêtre placée au-dessus de la porte cochère. Huit jours s'étant déjà écoulés dans cette cruelle alternative , il ne voulut pas la prolonger , tant pour lui que pour les personnes dont il compromettait le repos ; et malgré toutes les observations qu'on pût lui faire, il sortit et se dirigea vers le théâtre Favart. S'étant arrêté à l'entrée de la rue d'Amboise pour y lire les affiches de spectacle, il se sent frapper doucement sur l'épaule, se retourne et aperçoit Calvet qui lui dit en souriant : « Tu peux te montrer sans crainte , c'est fini. — Comment? — Le jour où tu devais comparaître, je me trouvais Si\\. Comité 5 voyant que ton affaire allait être appelée,

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