ANTÉNOR, CLÉONE
ANTÉNOR
Ne fuyez pas, belle Cléone.
Pouvez-vous redouter des lieux Où tout ce qui vous environne S'anime et s'embellit de l'éclat de vos yeux?
CLÉONE, à part.
Que lui répondre , ô ciel! A peine je respire.
ANTÉNOR
Ah! laissez-moi jouir d'un instant de bonheur.
Depuis long-temps je le désire; Serait-ce au hasard seul que j'en dois la douceur?
CLÉONE
J'attendais le moment qui nous appelle au temple.
ANTÉNOR
Ah ! souffrez qu'on vous y contemple.
Cléone , mon encens n'ira pas tout aux cieux , Avec les immortels partagez mon hommage : Permettez qu'Anténor, en invoquant les dieux, Admire leur pouvoir dans leur plus bel ouvrage.
CLÉONE
Je m'étonne des sentimens Qu'un jour, un moment vous inspire.
ANTÉNOR
Dans le cœur d' Anténor si vous aviez pu lire , Vous Içs sauriez depuis long -temps.
CLÉONE
De tout ce que j'entends ma surprise est extrême.
ANTÉNOR
Moins grande que mon trouble , alors que je vous voi. CLÉONE.
Ce langage est nouveau pour moi.
ANTÉNOR
Cléone, il l'est poiu* moi de même.
Ce jour, hélas! est le premier Où j'ose vous parler, où je puis vous entendre; Ce jour serait-il le dernier?
CLÉONE
Ce que vous demandez, je ne puis vous l'apprendre. ANTÉNOR.
Lesmomens sont bien chers; dans quelques jours, hélas!
Anténor , obligé de voler aux combats ,
N'aura devant les yeux que la mort, le carnage....
CLÉONE
D'un objet effrayant, épargnez-moi l'image.
ANTÉNOR
Vous soupirez?.,.. Heureux celui de nos soldats Dont l'amour et l'espoir soutiennent le courage !
Cléone , que son sort est beau !
Qu il est plus glorieux encore ,
S'il emporte dans le tombeau L'estime et les regrets de celle qu'il adore ! Si j'étais ce guerrier!
CLÉONE
Le danger d'un amant N'est pas toujours le plus à craindre;
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Et dans ce funeste moment, Celui qui ne meurt pas est celui qu'il faut plaindre,
ANTÉNOR
Qu'à ce prix je voudrais faire couler vos pleurs !
CLÉONE
La crainte suffirait pour les faire répandre. Mais poiu: nous inspirer un intérêt bien tendre, Vous n'avez pas besoin d'annoncer des malheurs.
ANTÉNOR
Que dites-vous? ô ciel!
CLÉONE
Je dis que votre vie Doit être précieuse et chère à la patrie; Je dois m'intéresser à tous ses défenseurs.
ANTÉNOR
A tous !
C'est un devoir.
ANTÉNOR
jNIais ce devoir sévère , Permet de distinguer celui que l'on préfère.
CLÉONE
Anténor, laissez-moi.
ANTÉNOR
De grâce, expliqpez-vous.
Dites-moi si ce cœur, qui s'intéresse à tous, Est sensible....
CLÉONE
Je crois entendre votre père.
ANTÉNOR
Ah! ce père pour moi n'est pas si rigoureux. Il m'a promis que l'hyménée , En m'unissant à l'objet de mes vœux.,..
CLÉONE
D'un père aussi dépend ma destinée.
ANTÉNOR
Anténor, glorieux de ce beau nom d'époux ,
Ne redouterait plus la fortune jalouse.
Epoux! n'est-il pas vrai que ce titre est bien doux?
Pas plus doux que celui d'épouse.
ANTÉNOR
Ah! Cléone, achevez.
CLÉONE
C'est assez me trahir.
ANTÉNOR
Qu'ai-je entendu, grands dieux ! Son âme est attendrie,
Ah! laisse échapper ce soupir; Rends-toi; viens resserrer la chaîne qui nous lie.
CLÉONE
De mon père dépend le destin de ma vie;
Et mon devoir est d'obéir; Mais le sort d'une épouse est bien digne d'envie,
Quand le devoir est un plaisir.
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SCÈ^E YII. .