‹ Œuvres de F.-B. HoffmanChapitre 221 sur 263 · ANTÉNOR, CLÉONE · texte numérisé non relu

ANTÉNOR, CLÉONE

ANTÉNOR

Ne fuyez pas, belle Cléone.

Pouvez-vous redouter des lieux Où tout ce qui vous environne S'anime et s'embellit de l'éclat de vos yeux?

CLÉONE, à part.

Que lui répondre , ô ciel! A peine je respire.

ANTÉNOR

Ah! laissez-moi jouir d'un instant de bonheur.

Depuis long-temps je le désire; Serait-ce au hasard seul que j'en dois la douceur?

CLÉONE

J'attendais le moment qui nous appelle au temple.

ANTÉNOR

Ah ! souffrez qu'on vous y contemple.

Cléone , mon encens n'ira pas tout aux cieux , Avec les immortels partagez mon hommage : Permettez qu'Anténor, en invoquant les dieux, Admire leur pouvoir dans leur plus bel ouvrage.

CLÉONE

Je m'étonne des sentimens Qu'un jour, un moment vous inspire.

ANTÉNOR

Dans le cœur d' Anténor si vous aviez pu lire , Vous Içs sauriez depuis long -temps.

CLÉONE

De tout ce que j'entends ma surprise est extrême.

ANTÉNOR

Moins grande que mon trouble , alors que je vous voi. CLÉONE.

Ce langage est nouveau pour moi.

ANTÉNOR

Cléone, il l'est poiu* moi de même.

Ce jour, hélas! est le premier Où j'ose vous parler, où je puis vous entendre; Ce jour serait-il le dernier?

CLÉONE

Ce que vous demandez, je ne puis vous l'apprendre. ANTÉNOR.

Lesmomens sont bien chers; dans quelques jours, hélas!

Anténor , obligé de voler aux combats ,

N'aura devant les yeux que la mort, le carnage....

CLÉONE

D'un objet effrayant, épargnez-moi l'image.

ANTÉNOR

Vous soupirez?.,.. Heureux celui de nos soldats Dont l'amour et l'espoir soutiennent le courage !

Cléone , que son sort est beau !

Qu il est plus glorieux encore ,

S'il emporte dans le tombeau L'estime et les regrets de celle qu'il adore ! Si j'étais ce guerrier!

CLÉONE

Le danger d'un amant N'est pas toujours le plus à craindre;

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Et dans ce funeste moment, Celui qui ne meurt pas est celui qu'il faut plaindre,

ANTÉNOR

Qu'à ce prix je voudrais faire couler vos pleurs !

CLÉONE

La crainte suffirait pour les faire répandre. Mais poiu: nous inspirer un intérêt bien tendre, Vous n'avez pas besoin d'annoncer des malheurs.

ANTÉNOR

Que dites-vous? ô ciel!

CLÉONE

Je dis que votre vie Doit être précieuse et chère à la patrie; Je dois m'intéresser à tous ses défenseurs.

ANTÉNOR

A tous !

C'est un devoir.

ANTÉNOR

jNIais ce devoir sévère , Permet de distinguer celui que l'on préfère.

CLÉONE

Anténor, laissez-moi.

ANTÉNOR

De grâce, expliqpez-vous.

Dites-moi si ce cœur, qui s'intéresse à tous, Est sensible....

CLÉONE

Je crois entendre votre père.

ANTÉNOR

Ah! ce père pour moi n'est pas si rigoureux. Il m'a promis que l'hyménée , En m'unissant à l'objet de mes vœux.,..

CLÉONE

D'un père aussi dépend ma destinée.

ANTÉNOR

Anténor, glorieux de ce beau nom d'époux ,

Ne redouterait plus la fortune jalouse.

Epoux! n'est-il pas vrai que ce titre est bien doux?

Pas plus doux que celui d'épouse.

ANTÉNOR

Ah! Cléone, achevez.

CLÉONE

C'est assez me trahir.

ANTÉNOR

Qu'ai-je entendu, grands dieux ! Son âme est attendrie,

Ah! laisse échapper ce soupir; Rends-toi; viens resserrer la chaîne qui nous lie.

CLÉONE

De mon père dépend le destin de ma vie;

Et mon devoir est d'obéir; Mais le sort d'une épouse est bien digne d'envie,

Quand le devoir est un plaisir.

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SCÈ^E YII. .

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