MÉGÈS, CLÉONE, CALLIAS
CALLIAS
O Mégès! entends-tu ces chants, ces cris de joie?
MÉGÈS
Ils vont tous à mon cœur.
CLÉONE
Callias, achevez.
CALLIAS
Des tyrans notre ville allait être la proie ; Un soldat , un héros , un dieu nous a sauvés. Il nous a retenus sur les bords de l'abîme, Et de nos ennemis renversé les projets.
Ah ! si de sa valeur il était la victime !
CALLIAS
Eh! qu'importe? Son nom ne périra jamais.
CLÉONE
Nomme-t-on ce guerrier ?
MÉGÈS
Quel est-il ?
CALLIAS
Je l'ignore.
Mais dans notre danger , plus intrépide encore ,
368 CALLIAS
Surpassant, en un jour, nos plus fameux héros, Il força la victoire à suivre nos drapeaux. On ma dit que lui seul.... Mais le peuple s'avance; Unissons à ses chants notre reconnaissance.
CLÉONE
Grands dieux! mettez le comble à desbienfaits si doux, Et quand tout est heureux, rendez-moi mon époux.
SCÈ^sE XYII ET DERÎilÈRE.
Les Precédens, LÉONTÉE, Peuple, Soldats.
{Pendant la marche guerrière on porte les trophées et les dépouilles des Perses; parmi ces dépouilles . on voit un brancard chargé des richesses prises aux ennemis , et couvert d'une large draperie. )
Jour de trionipte! jour de gloire!
Les dieux ont combattu pour nous.
Le vil esclave est tombé sous nos coups 5 Au peuple libre appartient la victoire.
CALLIAS
O brave Léontée ! à mes yeux attendris ,
Pourquoi, dans ce moment, n'offres-tu point mon fils?
Tu ne me réponds rien? Que faut-il que je pense?
CLÉONE
Malheureuse Cléone !
CALLIAS
o funeste silence !
Parle-moi d'Anténor?
dkame. 369
LÉONTÉE.
U n'y faut plus penser.
Te parler de ton fils , ce serait t'offenser,
C ALLIAS.
Qu'ai-je entendu? Grands dieux! Anténor est coupable!
LÉONTÉE.
Ah! ne m'arrache pas un aveu qui m'accable.
CALLIAS
Achève, je le veux.
LÉONTÉE.
Dans l'âge des plaisirs, Lorsque tout secondait, prévenait ses désirs; N'ayant point encor vu l'appareil de nos armes, N'ayant point des combats ressenti les alarmes,... La nature plus forte , en ces momens d'effroi.... Tout a pu l'ébranler....
CALLIAS
Fils indigne de moi !
Il a fui!
LÉONTÉE.
Séparé d'vme épouse chérie , Qui devait embellir son sort , Il a dû regretter la vie ; Il a pu redouter la mort.
CALLIAS
Il a craint de mourir en sauvant sa patrie ? Le lâche ! il survivrait à cette ignominie?
THEATRE. T. I. ï4
SyO CALLIAS ,
CLÉONE se voile la figure.
Tout est perdu pour moi.
CALLIAS
Dieux ! servez mon courroux.
Frappez ce lâche fils, je le livre à vos coups. Décou\Tez-moi les lieux où l'infâme se cache ; Laissez-moi l'y chercher, que ma main l'en arrache ; Je veux aux yeux des Grecs expier son forfait, Et laver dans son sang l'affront qu'il nous a fait.
LÉONTÉE.
Vous aimeriez donc mieux qu'il eût perdu la vie ?
CALLIAS
Plût aux dieux qu'il Kit mort , et mort pour la patrie ! Ah! puissé-je le voir dans l'ombre des tombeaux !
LÉONTÉE.
Eh bien ! soyez content , il est mort en héros.
{A ces mots Léoniée lève la drapeiieet découvre le corps d' Anténor, percé d'une flèche , et environné des marques de sa gloire. La musique commence à ce moment. )
TOUS
Ciel!
{Après ce cri ., il se fait un grand silence.)
LÉONTÉE.
Contemplez , glorieux père ,
Un fils encor plus glorieux.
Un seul homme a sauvé la Grèce tout entière; Son nom est immortel. On va dire en tous lieux : Callias est bien grand , mais son fils le surpasse.
CALLIAS regarde son fils , s'attendrit et se contraint.
{Il pose un genou à terre.) O nature ! tais-toi. Grands dieux ! je vous rends grâce. Mon fils nous a sauvés, je bénirai sa mort. Tendre père , je dois m'attendrir sur son sort !
{Use relève à ce vers.) Magistrat, citoyen, je chanterai sa gloire.
Chantons la mort , chantons la gloire Du héros qui mourut pour nous.
Le Perse est tombé sous ses coups ; D'Anténor chantons la victoire.
{Cléone, toujours voilée , se meta genoux près de T autel de V Hymen , et s'y appuie. Tous les Grecs tirent leurs épées , et appuyant la pointe sur le corps d'Anténor, ils font le serment gui suit : )