SCEINE IL BION, NYSA
Mon ami , chantez donc encore.
BION
J'aime mieux te parler. Je célébrais l'am'Gre ; Je ne puis me lasser d'un spectacle si beau: Tous les jours je le vois, et tous les jours je l'aime; Quoiqu'il ne change pas , il me paraît nouveau :
Quand je te vois, c'est tout de même.
Ah! rien ne manque plus sous ce charmant berceau. jNIais, qu'as- tu donc , Nysa? tu me semblés rêveuse, Tes regards ont perdu cet éclat vif et doux; Tu rougis...
NYSA
Mon ami, je suis toujours heureuse :
Je suis toujours auprès de vous.
BION
Et nos deux étrangers.... les as-tu vu paraître?
NYSA
Les deux étrangers? non.
BION
Ils tardent à venir,
NYSA
Ils reposent encor, peut-être.
Dites-moi, mon ami, quand doivent-ils partir?
BION
INIais pas sitôt, je crois.
Pourquoi les retenir ?
BION
Pourquoi les renvoyer?
NYSA
Pour finir leur voyage.
Ils devaient avec nous demeurer un seul jour,
En voilà dix et davantage :
Il semble que chez vous ils fixent leur séjour.
BION
Mais ils y resteront quelque temps, je le pense. En es-tu bien fâchée ?
NYSA
Ils me sont inconnus.
BION
Depuis dix jours, pourtant, que nous les avons vus. Nous avons pu, je crois, faire leur connaissance.
38o BION ,
NYSA
Vous voir et vous voir seul est tout ce qui me plaît.
BION
Cependant Agénor
, ma
Nysa,
, le plus
jeune (
est aimable.
Agénor?,...
BION
Allons
, point
de secret.
Agénor !
NYSA
BION
Tu parais n'en parler qu'à regret.
Jeune fille n'est point coupable Pour trouver un homme bien fait.
NYSA
Sans doute , mon ami.
BION
Puis c'est un philosophe , Un sage , à vingt-cinq ans , disciple de Platon ; Un sage du Portique , et qui n'en prend le nom Que parce qu'il en a l'étoffe.
NYSA , souriant.
Vous croyez?
J'en suis sûr. Et par ses argumens Et sa docte dialectique Il a su, l'autre jour, me prouver sans réplique...
NYSA
Il a su vous prouver?.
BION
Que tes yeux sont charmans.
NYSA
Mais , mon ami , pourquoi sans cesse De ce jeune étranger vouloir m'entretenir? Et si sa présence vous blesse , Pourquoi vouloir le retenir ?
BION
Moi, je l'aime beaucoup.
NYSA
INIais laissez-le partir.
BION
En quoi donc ce jeune homme a-t-il pu te déplaire? Lui qui, de tes attraits, me paraît fort épris?
NYSA
Vous riez. S'il m'aimait , vous seriez bien surpris.
BION
Je serais surpris du contraire.
Que m'importe , après tout, ce cpi' éprouve son cœur, Puisque votre amitié suffit à mon bonheur?
Lorsque de mes parens je fus abandonnée , Vous avez pris soin de mes jours;
382 BION
A l'affreux esclavage on m'avait condamnée ,
Je fus libre par vos secours 5 Vous avez de mes pas écarté la misère : Je trouvai le bonheur dans ce riant séjour. Bion pour sa Nysa fut un dieu tutélaire : Nysa pour vos bienfaits vous doit tout son amour.
BION
Ton amour?
NYSA
Je le dois,
BION
Tu te trompes , ma chère :
Je ne mérite point un si doux sentiment; Ton cœur séduit tes yeux : tu m'aimes comme un père, Tu crois m' aimer comme un amant,
NYSA
Je ne sais point encor si l'on aime autrement.