XLII NOTICE
il le nécessaire : aussi dès que les événemens l'eurent forcé de renoncer a sa portion de puissance , il reprit son ancien métier de blancliisseur , et redevint Gros- Jean comme devant. Je ne sais si Calvet existe encore , mais je voudrais que ces lignes pussent parvenir jusqu'à lui, il y verrait qu'Hoffman avait gardé le souvenir de son rare désintéressement , car c'est de luimême que je tiens tous ces faits dont il se plaisait à parler. En les racontant à mon tour, j'ai voidu tirer de l'oubli le nom d'un homme de bien , et prouver qu'aux époques les plus désastreuses de nos saturnales liberticides , l'humanité n'avait pas perdu tous ses droits.
Echappé comme par miracle aux périls que lui suscitait journellement son civisme indiscipliné, Hoffman résolut de se rendie à Nancy, et d'y rester jusqu'au moment où il lui serait possible de rentrer sans danger à Paris. Mais pour exécuter ce projet , il lui fallait un passeport. Le demander, c'était s'exposer à des questions auxquelles il ne se sentait pas en état de répondre. Dans cette situation, il prit le parti de s'en passer.
SI R F.-B. HOFFMAN. XLlil
Tout alla bien pendant les premiers jours, mais la voiture dans laquelle il s'était procuré une place à très-haut prix , fut arrêtée tout-à-coup aux environs de Nancy par un poste de volontaires.- Les voyageurs se virent contraints de mettre pied à terre et d'exhiber successivement leurs papiers. On conçoit l'embarras d'Hoffman. Nous allons voir comment il en sortit. Au moment où les voyageurs entraient au corps-de-garde , lé chef du poste leur demanda : Quel est celui de vous qui sait lire? — Moi-, .s'empressa de répondre Hoffman. — Eh bien, citoyen, fais-moi le plaisir de vérifier chaque passeport. — Très -volontiers. T'examen terminé , le caporal déclara que puisque tous les voyageurs étaient en règle , ils pouvaient continuer leur route. Hoffman qui s'attendait à être particuhèrement interpellé , et qui avait vainement cherché un prétexte, fut très-surpris de ce que le caporal se bornait à le remercier et à lui souhaiter un bon voyage. Soit oubli de sa part, soit qu'il lui parût impossible qu'un homme qui vérifiait les papiers des autres ne fût pas lui-même parfaitement en règle, il ne lui demanda
Xi. IV NOTICE
rien , et c'est grâce à cette circonstance imprévue qii'Hoffman put arriver sans ol^stacle à Nancy.
De retour à Paris ^ il continua d^y suivre la carrière tliéâtrale, jusqu'au moment où il entra dans celle de la polémique littéraire. Ce fut alors que l'état de sa santé lui fît un besoin de vivre dans la retraite. Cette considération ne le détermina pas seule à se retirer à Passy 5 il y fut conduit par l'idée qu'il avait de ses devoirs de journaliste. Le premier , selon lui, consistait à dire la vérité au public 5 et sous ce rapport , il regardait comme impossible qu'un critique gardât son indépendance au milieu du monde. Il était incapable de prendre la main à un auteur et de critiquer ensuite ses ouvrages sous le voile de l'anonyme. Bien qu'il ne signât ses articles que de la lettre H ou de la lettre Z , il ne faisait point mystère de son nom j le trait suivant prouvera jusqu'à quel point Hoffman portait ses scrupules de rédacteur.
Plusieurs fois, M. Alexandre Duval l'avait engagé , de la part de madame Gay , à dîner avec lui chez cette dame de lettres ,