‹ Œuvres de F.-B. HoffmanChapitre 251 sur 263 · SCÈNE IL DAMIS, CÉLIMÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE IL DAMIS, CÉLIMÈNE

DAMIS

Fuyez , timide amant. Sa candeur me fait peine. Pauvre enfant! Mais voici l'aimable Célimène.

CÉLIMÈNE

C'est Linval qui s'éloigne^

DAMIS

Oui , vous lui faites peiu-, CÉLIMÈNE.

Eh ! pourquoi donc ?

DAMIS

C'est là le secret de son cœur.

CÉLIMÈNE

Est-il fou?

DAMIS

Le jeune homme, hélas! n'est que trop sage.

CÉLIMÈNE

Vous allez revenir à votre persifflage ?

DAMIS

Point du tout, il vous aime.

CÉLIMÈNE

En est-il criminel?

Moi je ne vols rien là que de très-naturel. Linval est bien.

DAMIS

Très-bien.

439 l'original ,

célimène.

D'un esprit agréable.

DAMIS

Ce n'est pas de sa faute au moins s'il est aimable.

CÉLIMÈNE piquée.

Mais il l'est beaucoup plus que vous ne le pensez,

DAMIS

Je pense comme vous, et vous vous offensez !

CÉLIMÈNE

Non , Damis , sur Linval vous n'êtes pas sincère ,

Et vous voudriez bien qu'il eut l'art de déplaire.

Je sais qu'un esprit fort, un froid observateur.

Traite d'enfantillage un sentiment du cœur.

Vous méprisez l'amour qui veut de la tendresse :

Eh bien, méprisez-moi, car j'ai cette faiblesse, y^

Je veux de la magie au commerce amoureux,

Je crois qu'il faut aimer enfin pour être heureux.

Pour un corps plein d'attraits lorsque notre oeil s'enflâme,

Il faut, dùt-on mentir, lui supposer une âme ;

Le bandeau de l'Amom , et les ailes du Temps,

Et du sot âge d'or le bienheureux printemps ,

Sont pour nous une sage et douce allégorie ,

Et j'appelle cela de la philosophie.

Non, jamais en amour le calcul ne vaut rien,

Et l'erreur qui nous charme est le souverain bien.

L'imagination, le délire, l'ivresse.

Doublent notre bonhçur en doublant la tendresse,

Soupirs, sermens, transports et si coijrts et si doux,,

Vous êtes tous menteurs , mais je vous croirai tous :

Vous faites supporter le poids de l'existence, Vous ressemblez enfin à la douce espérance , Vous nous trompez souvent, nous vous croyons toujours, Et vous semez de fleurs le cercle de nos jours.

DAMIS

Je n'en ai jamais tant entendu de ma vie.

CÊLÏMÈNE.

Je ne m'étonne pas que l'amour vous ennuie. Revenons à Linval, je le troiive fort bien : En grâces, en esprit, il ne lui manque rien ; Linval est, en un riiot, tel que je le désire.

DAMIS

Eh bien, vous m'épargnez la peine de le dire.

CÉLIMÈNE

Comment donc ?

DAMIS

Je ne suis que son ambassadeur, Je venais vous presser de hâter son bonheur.

CÉLIMÈNE. Du dépit?...

DAMIS

Point du toujt. Linval a ?u vous plaire , Et je serais charmé d'arranger cette affaire. Tous deux nous vous aimons. Linval çacjiait son feu- Moi, dès le premier joiu-, je vous ai fait l'aveu. Sur votre choix long-temps je vous crus indécise. Aujourd'hui résolu de brusquer l'entreprise , Je voulais vous presser, je croyais vous servir En aidant doucement votre cœur à s'ouvrir.

432 l'original,

Mais votre choix est fait, je l'approuve, il est sage, Linval est votre amant, Linval a mon hommage.

CÉLIMÈNE piquée.

Linval est mon amant, monsieur ! qui vous l'a dit? Vous m'impatientez...

DAMIS

Vous parliez de dépit , Le vôtre est assez clair, si je sais m'y connaître. Ah! Ton ne paraît pas toujours ce qu'on veut être. La femme se trahit en voulant trop ruser.

CÉLIMÈNE

On s'abuse souvent en voulant abuser.

DAMIS

Qu'on plaisante un rival, qu'on prenne sa défense, Quon dise blanc ou noir, toujours on vous offense. Aimez-vous Linval?

CELIMENE , avec humeur.

Non.

En ce cas, c'est donc moi?

CÉLIMÈNE

Oui, monsieur; je vous aime autant que je le doi.

DAMIS, à part.

Le dépit dure encor , c'est moi qu'elle préfère.

( Haut. ) Allons, décidez- vous, terminons cette affaire. Voyons. Qui de nous deux vous plaît-ii? Répondez. Linval attend là-bas. Parlez.

CÉLIMÈNE

Vous m'obsédez.

DAMIS

Pour un moment du moins dépouillez l'artifice; Il faut entre nous deux que votre cœur choisisse : Pour mon ami Linval, je tombe à vos genoux.

CÉLIMÈNE

Mais, monsieur!

DAMIS

Vainement vous feignez du courroux ; 11 faut que le vainqueur connaisse sa victoire.

LINVAL paraît dans le fond.

O ciel !

DAMIS

Laissez tomber la palme de la gloire.

( Linval sort avec douleur. ) CÉLIMÈNE, à part.

Il faut m'en amuser.

DAMIS

Nous attendons la Joi :

A genoux pour Linval, j'y resterai pour moi

CÉLIMÈNE

Eh bien , oui , c'est Linval ! son amour seul me touche. Mais j'aurais mieux aimé l'apprendre de sa bouche.

( Elle sort. )

DAMIS se relevant.

L'oracle cette fois a parlé clairement.

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