SCÈNE IL
NEPHTÉ, AMÉDÈS.
AMÉDÈS.
Reine, un bruit se répand; mais qui pourrait le croire? On dit que méprisant et Thonneur et la gloire , Aujourd'hui, dans ce temple, àPharès... non, grands dieux! Je ne puis répéter ce mensonge odieux.
Les cruels m'ont trompé. L'exécrable imposture Tente en vain de noircir une vertu si pure; Moi-même je rougis du trouble de mon cœur. Et je viens à vos pieds expier mon erreur.
NEPHTÉ.
Hélas!
AMÉDÈS.
Vous soupirez ? Vous gardez le silence ? NEPHTÉ.
Ah!
AilÉDÈS-
De votre embarras que faut-il que je pense?
NEPHTÉ.
Vous savez mes malheurs.
AMÉDÈS.
Je les sens comme vous.
NEPHTÉ, Le sort me poursuivait avec tant de courroux....
AMÉDÈS.
Achevez!
NEPHTÉ.
D'un seul fils , toute mon espérance , J'ai dû sauver les jours.
AMÉDÈS.
Eh bien !
NEPHTÉ.
Quelle souffrance ! Ah ! ne m'accablez pas de votre inimitié : Neplîté , quoique coupable , est digne de pitié.
AMÉDÈS.
Coupable ! juste ciel ! quoi ! cet hymen horrible , Vous osez l'avouer?
NEPHTÉ, à part.
O contrainte ! ô douleur !
Faut-il que je déchire une âme aussi sensible ? O contrainte ! ô moment terrible !
C'est moi qui lui perce le cœur.
44 NEPHTÉ ,
AMÉDÈS.
O ma fille ! il est donc possible !
jNIa fille a pu nourrir un forfait dans son cœur. Je le savais, cruelle; et mon âme sensible
Voulait douter de son malheur.
NEPHTÉ
Mon père , n'accusez que le sort qni m'accable , Vers cet affreux hymen lui seul porte mes pas. AMÉDÈS.
Non , ce n'est point le sort, vous seule êtes coupable ; Non, cet affreux hymen ne s'accomplira pas,
NEPHTÉ.
N'exposez pas vos jours.
AMÉDÈS.
Je punirai le crime.
NEPHTÉ.
Le tyran vous menace.
Il sera la victime.
NEPHÏÉ.
Hélas ! il est puisssant, il fait taire les lois.
Il règne.
AMÉDÈS.
Il est un dieu qui règne sur les rois.
ENSEMBLE
NEPHTÉ , à part.
O contrainte ! ô moment terrible !
Je ne puis supporter l'excès de sa doulem'.
AMÉDÈS.
O ma fille ! il est donc possible ?
Ma fille a pu nourrir un forfait dans son cœur -^
NEPHTÉ.
N'accusez que le sort, c'est lui seul qui m'accable.
AMÉDÈS.
Non, ce n'est point le sort, vous seule êtes coupable.
NÏPHTÉ.
Vers cet affreux hymen , il entraîna mes pas.
AMÉDÈS.
Non, cet affreux hymen ne s'accomplira pas.
NEPHTÉ , à part.
o contrainte ! etc.
o ma fille ! etc.
( On entend dans le fond le tumulte du peuple qui s'assemble pour la cérémonie. Amédès veut sortir; Nephté l'arrête.)
NEPTHE, avec précipitation.
O ciel ! n'augmentez pas l'excès de ma souffrance Par les dangers que vous allez comir.
De grâce , attendez en silence Ce que le ciel bientôt saura nous découvrir; Et s'il est un forfait, la céleste vengeance
Sans vous saura bien le punir,
AMÉDÈS.
Eh bien ! j'en accepte l'augure; Vers un honteux hymen précipitez vos pas;
46 NEPHTÉ.
Mais tremblez et n'oubliez pas Que vous êtes au temple et vous êtes parjure. {Le bruit redouble et la marche commence dans le fond. Amédcs sort.) NEPHTÉ.
Où fuyez-vous , mon père? O ciel! je vous conjure, Dans ce moment affreux ne m'abandonnez pas.
AMÉDÈS, en sortant.
Non, cet affreux hymen ne s'accomplira pas.
{ha marche continue, et dès que le grand-prêtre est
sorti, on voit paraître les prêtres et on entend le
chœur. )