‹ Œuvres de F.-B. HoffmanChapitre 66 sur 263 · UN VIEILLARD · texte numérisé non relu

UN VIEILLARD

Troupe de Paysans, Paysannes, Bergers et Bergères, Gardes et Soldats.

La scène se passe dans le château de Coradin.

Cet ouvrage n'est point, comme on Fa dit, une imitation des Trois Sultanes de Favart. Le sujet en est emprunté à la Bibliothèque des romans, tome i" de juillet 1780. D'abord représenté en cinq actes, l'opéra d'Euphrosine fut remis en trois, et l'auteur, docile aux avis de la critique , changea plusieurs fois son dénouement. Nous donnons ici cet ouvrage tel qu'il a été définitivement approuvé par INI. Hoffman. Néanmoins, jamais nouvelle édition ne fut plus indispensable; car, toutes celles qui existent présentent des lacunes considérables et fourmillent de fautes; les premières règles de la versification n'y sont pas même observées. Il ne faut en attribuer la cause qu'à l'espèce de brigandage qui existait dans la librairie au commencement de la révolution; les propriétés de l'esprit n'étaient pas plus respectées que les autres , et l'on annonçait ouvertement les contrefaçons de toutes les pièces de théâtre , sans qu'il fut possible à un auteur de s'opposer à cette piraterie. La plupart des libraires de l'époque entendaient la librairie Gomme les corsaires entendent la marine.

La partition d Euphrosine fut le coup d'essai de Méhul. Pauvre et inconnu , le compositeur à qui nous devons tant de chefs-d'œuvre donnait des leçons de piano , et serait peut-être resté long-temps encore ignoré, si M, Hoffman n'avait eu le courage de lui

confier son poëme. Quel début ! ie seul duo de la jalousie suffisait pour révéler un grand maître. Grétry ne s y trompa point; après cet admirable morceau, il prédit les hautes destinées musicales du jeune compositeur.

Une impolitesse de madame Dugazon priva cette actrice du rôle d'Euphrosine que l'auteur lui destinait. Idole du parterre, madame Dngazon croyait pouvoir traiter tous les hommes de lettres avec une capricieuse indifférence. Ne s'étant pas trouvée à la première lecture de la pièce , elle en indiqua une ^conde à laquelle M. Hoffman se rendit avec une rigoureuse exactitude; non- seulement madame Dugazon n'y vint pas, mais elle ne daigna pas même faire prévenir de son changement de résolution. Justement piqué de cette conduite , l'auteur offrit sur-le-champ son rôle à madame Saint-Aubin qui ne jouissait pas encore de toute sa renommée. L'ouvrage ne perdit rien à ce changement. Hâtons-nous de dire à la louange de madame Dugazon qu'elle n'en garda pas rancune à M. Hoffman; car , lorsque celui-ci annonça la lecture de Stratonice , elle s'empressa de lui écrire qu il lui était encore impossible d'entendre son ouvrage, mais qu'elle acceptaitd'avance et sans examen le rôle qu'il voudrait bien lui confier. Quel homme , quel auteur surtout aurait pu résister à une pareille réparation !

A l'exception de Philippe qui joua le premier le rôle de Coradin , et de Gavaudan qui lui succéda , presque tous les acteiurs qui ont représenté ce personnage se sont trompés sur son caiactère ; ils en ont fait UB tyran féroce , un véritable croqueraitaine

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féodal. Telle n'a pas été la pensée de l'auteur; à cet égard, on n'a qu'à lire le passage suivant :

LÉONORE

11 est donc bien mécliant?

AMBOUR.

Non, mais c'est l'orgueil même; Il croit (le l'univers porter le diadème; Il faut à chaque mot le monseigneuriser.

EUPHROSINE

Je vois que c'est un ours qu'il faut apprivoiser.

Coradin est donc plus orgueilleux que féroce , c'est un Tufière en casque et en cuirasse.

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