‹ Œuvres de F.-B. HoffmanChapitre 80 sur 263 · SCÈINE IL CORADIN, ALIBOUR · texte numérisé non relu

SCÈINE IL CORADIN, ALIBOUR

CORADIN

Cher docteur, arrivez, hâtez-vous d'accoiu-ir.

ALIBOUR

Seigneur, qu'ordonnez-vous?

CORADIN

Maître, il faut me guérir.

ALIBOUR

Vous guérir! et de quoi?

CORADIN

D'un mal qui me dévore.

ALIBOUR

Eh, quel mal?

CORADIN

Je ne sais.

ALIBOUR

Dansquellieu?

CORADIN

Je l'ignore.

Où souffrez-vous?

CORADIN

Partout.

ALIBOUR

Quels en sont les effets ?

CORADIN

Je souffre, cher docteur ! c'est tout ce que je sais.

ALIBOUR

Un mal aussi subit me paraît chose étrange.

CORADIN

A mesyeux étonnés, tout se trouble, tout change.

ALIBOUR, à part.

Le tigre est amoureux : Euphrosine a raison.

CORADIN

Mais de ce mal du moins puis-je savoir le nom?

ALIBOUR

Son nom?ah! monseigneur,qiie voulez-vous apprendre? C'est ce mal qui jadis réduisit Troie en cendre; C'est ce mal qui de Rome a fait chasser les rois : Ce mal qui réunit tous les maux à la fois; jNIal qui du genre humain hâtera la ruine , Mal qui se rit de vous et de la médecine , Mal qui brûle la nuit et dévore le jour : Le plus affreux des maux !

CORADIN, impatient.

Son nom? son nom ?

ALIBOUR, avec emphase.

L'amour,

88 EUPHROSINE

CORADIN

L'amour! l'amour! l'amour! ô comble de misère!

ALIBOUR

Sur cet accident-là, j'aurais voulu me taire.

COR A Dm.

De cet indigne mal, il faudra donc mourir?

ALIBOUR

Attendez tout du temps : lui seul peut vous guérir.

Minerve ! ô divine sagesse !

Dissipe une fatale erreur; Viens illuminer son altesse :

Calme le tourment qui l'oppresse; Rends l'espoir à son âme et la paix à son coeur. C'en est fait , un brûlant délire Porte le trouble dans ses sens ; Il gémit, s'agite, soupire, Et ses efforts sont impuissans.

CORADIN

Ah I docteur, cher docteur, ayez pitié de moi ! Écartez ce fantôme, il me glace d'effroi.

ALIBOUR

Minerve ! 6 divine sagesse 1 etc.

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