SCÈINE IL CORADIN, ALIBOUR
CORADIN
Cher docteur, arrivez, hâtez-vous d'accoiu-ir.
ALIBOUR
Seigneur, qu'ordonnez-vous?
CORADIN
Maître, il faut me guérir.
ALIBOUR
Vous guérir! et de quoi?
CORADIN
D'un mal qui me dévore.
ALIBOUR
Eh, quel mal?
CORADIN
Je ne sais.
ALIBOUR
Dansquellieu?
CORADIN
Je l'ignore.
Où souffrez-vous?
CORADIN
Partout.
ALIBOUR
Quels en sont les effets ?
CORADIN
Je souffre, cher docteur ! c'est tout ce que je sais.
ALIBOUR
Un mal aussi subit me paraît chose étrange.
CORADIN
A mesyeux étonnés, tout se trouble, tout change.
ALIBOUR, à part.
Le tigre est amoureux : Euphrosine a raison.
CORADIN
Mais de ce mal du moins puis-je savoir le nom?
ALIBOUR
Son nom?ah! monseigneur,qiie voulez-vous apprendre? C'est ce mal qui jadis réduisit Troie en cendre; C'est ce mal qui de Rome a fait chasser les rois : Ce mal qui réunit tous les maux à la fois; jNIal qui du genre humain hâtera la ruine , Mal qui se rit de vous et de la médecine , Mal qui brûle la nuit et dévore le jour : Le plus affreux des maux !
CORADIN, impatient.
Son nom? son nom ?
ALIBOUR, avec emphase.
L'amour,
88 EUPHROSINE
CORADIN
L'amour! l'amour! l'amour! ô comble de misère!
ALIBOUR
Sur cet accident-là, j'aurais voulu me taire.
COR A Dm.
De cet indigne mal, il faudra donc mourir?
ALIBOUR
Attendez tout du temps : lui seul peut vous guérir.
Minerve ! ô divine sagesse !
Dissipe une fatale erreur; Viens illuminer son altesse :
Calme le tourment qui l'oppresse; Rends l'espoir à son âme et la paix à son coeur. C'en est fait , un brûlant délire Porte le trouble dans ses sens ; Il gémit, s'agite, soupire, Et ses efforts sont impuissans.
CORADIN
Ah I docteur, cher docteur, ayez pitié de moi ! Écartez ce fantôme, il me glace d'effroi.
ALIBOUR
Minerve ! 6 divine sagesse 1 etc.