‹ Œuvres de F.-B. Hoffmann (volume 2)Chapitre 111 sur 269 · SCÈNE XL AWODANT, OTHON · texte numérisé non relu

SCÈNE XL AWODANT, OTHON

OTHON

Vous m'avez attendu; excusez-moi, j'étais retenu par le père dîna , et je n'ai pu venir avant qiie la £éte eût cessé.

ARIODANT

Othon , j'excuse tout pour moi : c'e^t Ina seijdc que je veux défendre et venger.

OTHON

Êtes-vous capable de m^écouter tranquillement?

ARIODANT

Nous ne sommes point venus ici pour discourir.

OTHON

J'aime cette fierté , et je suis prêt à y répondre ; ' mais après m' être expliqué, je serai toujours prompt k vous satisfaire.

AHIOmNT.

Parlez.

OTHON

Vous me connaissez assez pour ne pas me soupçonner de craindre ou d* éviter un combat; et je ne suis ici que pour vous donner mon sang ou répandre le vôtre : mais sachez avant d'en venir à cette cruelle épreuve , sachez combien je gémis de voir deux hommes faits pour s'estimer, se haïr et s'égorgei; pQur une femme qui ne mérite que leur mépris.

AILIODANT, ÛT9ni son épée.

Téméraire ! cet outrage seul est l'arrêt de ta mort

192 ARIODAVT,

OTHON, présentant sa poitrine.

Jeune impradent ! frappe donc sî ta refbses dé m^entendre; mais si je te donne des preuves, écoate et deviens sage par Texpérience.

ARIODANT

Tu ments, te dis-je; Ina mérite mon amoui' et mon respect. Défends-toi !

OTHON

Un de noas deux doit monrir ici; mais avant dé nous donner la mort, apprends à connaître ta perfide maîtresse.

ARIODANT

Je ne connais que ton mensonge et ta noircenri

OTHON

Si je prouve, qqe diras-tu?

ARIODANT

Je ne te croirai pas.

OTHON

Si je te te fais voir...

ARIODANT

Je dirai que tu m'en impose^.

OTHON

Tu n'en croiras pas tes yeux?

ARIODANTy a^rès nn silence.

Tu me feras voir, dis-tu, qu'Ina est perfide» et qu'eUe mérite mon mépris !

Oui.

ARIODANT, remettant sQn épée.

Eh bien! prouve, prouve-le-moi; mais si tu ne peux me convaincre^ tout ton sang...

DRAME. ig3

OTHON

Mon sang ou le tien , n'importe ! Je vais te convaincre.

ARIODANT

Parle. Je frémis de rage.

OTHON

Avant tout, jurons-nous de nous révéler tout ce que nous avons reçu d'elle.

ARIODANT

Je le jure sans peine , je n'ai jamais reçu d'autres faveurs que la permission de la demander à son père.

OTHON

La permission.... Vous êtes jeune , Àriodant; avec cette confiance , les femmes doivent toutes voufS paraître des créatures célestes.

ARIODANT

n ne s^agit pas des femmes, il s'agit d'Ina.

OTHON

Eh bien! apprends donc que je fas son amant; ne me force pas à m'expliquer sur ce titre, tu dois m'entendre , et crois que je suis moins confiant que toi. Ina m'a trompé , elle m'a sacrifié à un homme qui ht aussi heureux que moi, et qu'elle te sacrifie à son tour.

ARIODANT

Tu ments, te dis-je ; je n'écoute plus rien. Du sang!

da sang !

OTHON

Rejette donc ce témoignage. Vois cette lettre , ce portrait. Ces lampes donnent encore assez de clarté pour les faire reconnaatre.

ARIODANT

Son portrait! son écriture !

THÉATEE. T. U. >^

104 ARIODANT

OTHON

Vous devenez plus calme.

ARIODANT

Une lettre d'elle !

OTHON

Vous reconnaissez son écriture ; elle vous écrivait

donc aussi?

ARIODANT

Ce n'est point assez pour me convaincre ; ces témoignages peuvent être faux , ou dérobés.

Vous m'en croyez capable ?

ARIODANT

Oui.

OTHON

Je souffre tout , jeune homme ; mais je serai bien vengé. Et ce matin , lorsque je vous surpris avec elle» pourquoi ma présence lui causa-t-elle tant de trouble, tant d'effroi? Pourquoi cette honte que vous avez remarquée ?...

ARIODANT

Juste ciel!

OTHON

A-t-elle osé me répondre? me regarder? elle avait devant moi l'attitude d'un coupable devant son juge.

ARIODANT

Ina?

OTHON

Vous le lui avez reproché vous-même.

ARIODANT

O dieu ! que je souffre ! Vous ne me persuadée point.

DRAME. ig5

OtHON.

Si dans ce moment, vous me voyez entrer chez elle , si vous me voyez monter à ce balcon , si vous la voyez me recevoir elle-même , serez-vôus persuadé?

Elle ! vous recevoir ! à cette heure où la loi regarde cette action comme un crime digne de mort? cela n'est pas possible.

OTHON

Vous allez en juger. Effrayée de mes menaces^ elle a voulu m' apaiser; elle sait trop que j'ai de quoi la perdre , et elle m'a fait prier de lui accorder un moment d'entretien : dans ce moment même elle m'atttnd. Elle s'apprête sans doute à faire usage de son art perfide et séducteur; mais cette fois, ce n'est point Tamour qui m'y conduit; j'y vais pour la confondre , pour vous guéiîr d'une folle passion, pour mje venger.

ARIODANT

Elle vou^ recevra!

OTHQN.

Vous en serez témoin. Un signal va m'introduire.

ARIODANT

Elle-miéme !

OTHON

Ce n'est point la première fois.

ARIODANT

Je le verrai.

OTHOIT.

Vous le verrez.

ARIODANt,

Mon cœur se déchire.

96 ABIODAIIT^

ARIOBANT.

O trompeuse espérsùice l O prestige imposteur !

Rien ne peut de mon cœur Egaler la souffrance.

OTHON , à part.

Mon triomphe commence , La rage est dans son cœur; Achevons son malheur Et comblons ma yengance.

LURCAIN, au fond, à pari.

Il gémit de douleur, Il suspend sa vengeance ; Contraignons ma fureur, Observons en silence.

ARIODATO'.

Ina perfide ! infâme ! ô dieu ! qui Tauraît dit ?

OTHON

Eh bien, seigneur! eh bien! vous semblez interdit?

ARIOBANT.

Tu dis qu^elle t^attend?

OTHOlï.

Ici, danB Pinstant même.

ARIODAÏïT.

Je le croirais !

Vous le croirez.

ARIODAKT.

A mes yeux!

OTHOIf.

A vos yeux.

ARIOBAliT.

Ah ! ma honte est extrême !

Je la verrai!

OTHON

Vous la verrez,

ARIODAïïT.

Je n^ai plus d'espérance ,

Je succombe au malheur :

Rien ne peut de mon cœur

Egaler la souffrance.

ij 1 OTHON , à part,

à} I Son supplice commence , ^ s La rage est dans son cœur; % I Redoublons sa douleur

Et comblons ma. vengeance.

LURGAIN , dans le fond.

Il gémit de douleur,

Quelle est donc sa souffrance T

Quel funeste malheur?

Observons en silence.

OTHON

Tous les feux sont éteints , et la nuit est plus sombre ; Eloignez-vous un peu , retirez-vous dans Fombre : La vertueuse Ina va paraître à ma voix ; Adieu. Vous me croirez au moins pour cette fois.

{Anodant se retire près des ruines, et ohseroe les fenêtres: à*Ina; Othon s* avance sous le balcon et chante) :

Tout est paisible , tout sommeille , L'amour éteint tous les feux de la nuit ;

Mais près de vous votre amant veille , Reconnaissez le dieu qui le conduit.

{La fenêtre s'ouvre, une femme parait, en descend une^ échelle de cordes,. Othon y monte.)

igS ARIODANT,

ARIODAIÏT.

C'est elle !

LURCAIN.

C'est elle !

ARIODANT

O souffrance ! LA FEMME qui est sur lé Lalcon.

O cher Othon !

OTHON lui met la main sur la bouche, et la pousse en dedans.

Rentrez, silence.

( Othon relève V échelle de cordes , qu Hl laisse suspendue cm balcon , et il ferme la fenêtre. Lur0un va chercher les quatre amis , et ils viennent tous près d*Ariodant. )

Page 1