SCÈNE XL AWODANT, OTHON
OTHON
Vous m'avez attendu; excusez-moi, j'étais retenu par le père dîna , et je n'ai pu venir avant qiie la £éte eût cessé.
ARIODANT
Othon , j'excuse tout pour moi : c'e^t Ina seijdc que je veux défendre et venger.
OTHON
Êtes-vous capable de m^écouter tranquillement?
ARIODANT
Nous ne sommes point venus ici pour discourir.
OTHON
J'aime cette fierté , et je suis prêt à y répondre ; ' mais après m' être expliqué, je serai toujours prompt k vous satisfaire.
AHIOmNT.
Parlez.
OTHON
Vous me connaissez assez pour ne pas me soupçonner de craindre ou d* éviter un combat; et je ne suis ici que pour vous donner mon sang ou répandre le vôtre : mais sachez avant d'en venir à cette cruelle épreuve , sachez combien je gémis de voir deux hommes faits pour s'estimer, se haïr et s'égorgei; pQur une femme qui ne mérite que leur mépris.
AILIODANT, ÛT9ni son épée.
Téméraire ! cet outrage seul est l'arrêt de ta mort
192 ARIODAVT,
OTHON, présentant sa poitrine.
Jeune impradent ! frappe donc sî ta refbses dé m^entendre; mais si je te donne des preuves, écoate et deviens sage par Texpérience.
ARIODANT
Tu ments, te dis-je; Ina mérite mon amoui' et mon respect. Défends-toi !
OTHON
Un de noas deux doit monrir ici; mais avant dé nous donner la mort, apprends à connaître ta perfide maîtresse.
ARIODANT
Je ne connais que ton mensonge et ta noircenri
OTHON
Si je prouve, qqe diras-tu?
ARIODANT
Je ne te croirai pas.
OTHON
Si je te te fais voir...
ARIODANT
Je dirai que tu m'en impose^.
OTHON
Tu n'en croiras pas tes yeux?
ARIODANTy a^rès nn silence.
Tu me feras voir, dis-tu, qu'Ina est perfide» et qu'eUe mérite mon mépris !
Oui.
ARIODANT, remettant sQn épée.
Eh bien! prouve, prouve-le-moi; mais si tu ne peux me convaincre^ tout ton sang...
DRAME. ig3
OTHON
Mon sang ou le tien , n'importe ! Je vais te convaincre.
ARIODANT
Parle. Je frémis de rage.
OTHON
Avant tout, jurons-nous de nous révéler tout ce que nous avons reçu d'elle.
ARIODANT
Je le jure sans peine , je n'ai jamais reçu d'autres faveurs que la permission de la demander à son père.
OTHON
La permission.... Vous êtes jeune , Àriodant; avec cette confiance , les femmes doivent toutes voufS paraître des créatures célestes.
ARIODANT
n ne s^agit pas des femmes, il s'agit d'Ina.
OTHON
Eh bien! apprends donc que je fas son amant; ne me force pas à m'expliquer sur ce titre, tu dois m'entendre , et crois que je suis moins confiant que toi. Ina m'a trompé , elle m'a sacrifié à un homme qui ht aussi heureux que moi, et qu'elle te sacrifie à son tour.
ARIODANT
Tu ments, te dis-je ; je n'écoute plus rien. Du sang!
da sang !
OTHON
Rejette donc ce témoignage. Vois cette lettre , ce portrait. Ces lampes donnent encore assez de clarté pour les faire reconnaatre.
ARIODANT
Son portrait! son écriture !
THÉATEE. T. U. >^
104 ARIODANT
OTHON
Vous devenez plus calme.
ARIODANT
Une lettre d'elle !
OTHON
Vous reconnaissez son écriture ; elle vous écrivait
donc aussi?
ARIODANT
Ce n'est point assez pour me convaincre ; ces témoignages peuvent être faux , ou dérobés.
Vous m'en croyez capable ?
ARIODANT
Oui.
OTHON
Je souffre tout , jeune homme ; mais je serai bien vengé. Et ce matin , lorsque je vous surpris avec elle» pourquoi ma présence lui causa-t-elle tant de trouble, tant d'effroi? Pourquoi cette honte que vous avez remarquée ?...
ARIODANT
Juste ciel!
OTHON
A-t-elle osé me répondre? me regarder? elle avait devant moi l'attitude d'un coupable devant son juge.
ARIODANT
Ina?
OTHON
Vous le lui avez reproché vous-même.
ARIODANT
O dieu ! que je souffre ! Vous ne me persuadée point.
DRAME. ig5
OtHON.
Si dans ce moment, vous me voyez entrer chez elle , si vous me voyez monter à ce balcon , si vous la voyez me recevoir elle-même , serez-vôus persuadé?
Elle ! vous recevoir ! à cette heure où la loi regarde cette action comme un crime digne de mort? cela n'est pas possible.
OTHON
Vous allez en juger. Effrayée de mes menaces^ elle a voulu m' apaiser; elle sait trop que j'ai de quoi la perdre , et elle m'a fait prier de lui accorder un moment d'entretien : dans ce moment même elle m'atttnd. Elle s'apprête sans doute à faire usage de son art perfide et séducteur; mais cette fois, ce n'est point Tamour qui m'y conduit; j'y vais pour la confondre , pour vous guéiîr d'une folle passion, pour mje venger.
ARIODANT
Elle vou^ recevra!
OTHQN.
Vous en serez témoin. Un signal va m'introduire.
ARIODANT
Elle-miéme !
OTHON
Ce n'est point la première fois.
ARIODANT
Je le verrai.
OTHOIT.
Vous le verrez.
ARIODANt,
Mon cœur se déchire.
96 ABIODAIIT^
ARIOBANT.
O trompeuse espérsùice l O prestige imposteur !
Rien ne peut de mon cœur Egaler la souffrance.
OTHON , à part.
Mon triomphe commence , La rage est dans son cœur; Achevons son malheur Et comblons ma yengance.
LURCAIN, au fond, à pari.
Il gémit de douleur, Il suspend sa vengeance ; Contraignons ma fureur, Observons en silence.
ARIODATO'.
Ina perfide ! infâme ! ô dieu ! qui Tauraît dit ?
OTHON
Eh bien, seigneur! eh bien! vous semblez interdit?
ARIOBANT.
Tu dis qu^elle t^attend?
OTHOlï.
Ici, danB Pinstant même.
ARIODAÏïT.
Je le croirais !
Vous le croirez.
ARIODAKT.
A mes yeux!
OTHOIf.
A vos yeux.
ARIOBAliT.
Ah ! ma honte est extrême !
Je la verrai!
OTHON
Vous la verrez,
ARIODAïïT.
Je n^ai plus d'espérance ,
Je succombe au malheur :
Rien ne peut de mon cœur
Egaler la souffrance.
ij 1 OTHON , à part,
à} I Son supplice commence , ^ s La rage est dans son cœur; % I Redoublons sa douleur
Et comblons ma. vengeance.
LURGAIN , dans le fond.
Il gémit de douleur,
Quelle est donc sa souffrance T
Quel funeste malheur?
Observons en silence.
OTHON
Tous les feux sont éteints , et la nuit est plus sombre ; Eloignez-vous un peu , retirez-vous dans Fombre : La vertueuse Ina va paraître à ma voix ; Adieu. Vous me croirez au moins pour cette fois.
{Anodant se retire près des ruines, et ohseroe les fenêtres: à*Ina; Othon s* avance sous le balcon et chante) :
Tout est paisible , tout sommeille , L'amour éteint tous les feux de la nuit ;
Mais près de vous votre amant veille , Reconnaissez le dieu qui le conduit.
{La fenêtre s'ouvre, une femme parait, en descend une^ échelle de cordes,. Othon y monte.)
igS ARIODANT,
ARIODAIÏT.
C'est elle !
LURCAIN.
C'est elle !
ARIODANT
O souffrance ! LA FEMME qui est sur lé Lalcon.
O cher Othon !
OTHON lui met la main sur la bouche, et la pousse en dedans.
Rentrez, silence.
( Othon relève V échelle de cordes , qu Hl laisse suspendue cm balcon , et il ferme la fenêtre. Lur0un va chercher les quatre amis , et ils viennent tous près d*Ariodant. )