‹ Œuvres de F.-B. Hoffmann (volume 2)Chapitre 151 sur 269 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

FERRANT, LONGINO , GARDE en sentmelle hors

de la grille.

Dis donc , Ferrant ; est-ce que c'est ici qu'on logrera cette dame?

FERRANT

Oui.

LONGINO.

Sais-tu que ce n'est pas trop gai pour une jeunesse?

FERRANT

Il faudra bien qu'elle s'y habitue.

DBAMS. 261

UOW3rmO.

Y restera- t-elle long-temps?

Toute sa vie , si elle lî'obéit pas au maitre.

LONGINO.

Si elle« n'obéit pas..... je n'entends pas bien cela. Qu'est-ce qu*il veut donc lui faire faire?

FERRANT, durement

Paix!

LONGINO.

Ah ! je devine.

FERRANT

Tant pis pour toi.

LONGINO.

Eh bien ! prends que je n'ai rien dit. Je sais bien que tu n'aimes pas à jaser... aussi je ne te demanderai pas si on a eu raison de me dire ce qu'on m'a dit....

FERRANT

Quoi?

LONGINO.

Ce n'est pas moi qui parle, mais je me suis laissé dire que cette jeune personne était la fille du seigneur Romualde que tu as servi autrefois.

FERRANT

Que t'importe!

LONGINO.

Oh! mon dieu, rien du tout... je pensais seulement que tu aurais un peu plus d'égards pour eUe.

Pas plus que pour toi s'il t'arrive d'ouvrir la bouche sur tout ce qui se passe ici.

LONGINO.

Oh! je sais bien , tu me l'as déjà dit.

262 liéON,

FERRANT

Et je te le répète.

JÊIR,

Point de propos , fais ton devoir.

Tu dois tout voir et ne rien voir , Tout entendre et ne rien entendre, Tout observer , ne rien comprend^s , * Tout écouter, ne rien savoir.

Tu dois , selon qu^on te Tordonne « Monter, descendre, aller, venir.

Rester, marcher, ramper, courir, Suivre en tout Tordre qu^on te donne; Et s'il le faut, pour obéir.

Sans murmurer, tu dois mourir.

LONGINO.

Tout cela est bien aisé.... il n'y a que le dernier article qui me gène un peu.

FERRANT

Va voir dans cette chambre si tout est préparé pour recevoir notre prisonnière.

LONGINO, aTec appréhension.

Dans quelle chambre ? .

CeUe-là.

Âh ! c'est là qu'elle couchera ; ceci n'est que le salon.

FERRANT

Va donc.

LONGINO.

Tu sais mieux que moi ce qu'il y faut , allons-y

ensemble.

FERRANT

Poltron !

BAAME. 263

LONGINO.

Oh! non: c'est pure attention de ina part. Mais après tout, sais-ta que si Ton n'avait pas une certaine fermeté , Ton serait mal à son aise dans cette cave ; soixante marches pour y descendre , trois corridors qui ne finissent plus , des lampes qui font plus peur que s'il n'y en avait pas , des trous » des voûtes , des cavernes les unes sur les autres, et puis tout ce qu'on entend dans cet aimable château....

FERRANT

Va donc dans cette chambre.

LONGINO , au garde

Si le camarade voulait m'y accompagner...

FERRANT

S'il t' arrive de lui dire un mot, s'il lui arrive de te répondre , vous serez tous deux jetés du haut du rempart dans le précipice qui est au pied de la forteresse.

LONGINO.

Camarade , voilà notre conversation finie.

FERRANT

£h bien ! feras-tu ce que je t'ai dit?

LONGINO, plevant.

Mais pourquoi cet entêtement à vouloir m'envoyer dans cette maudite chambre?

FERRANT

Parce qu'il faut que tu y viennes tous lès jours, que tu serves ces femmes : crois-tu que je puisse toujoiurs être ici? un concierge n^a-t-il pas sa porte à garder?

LONGINO.

Tiens, changeons de fonctions, je te donnerai du retour.

FERRANT

Va dans celte chambre.

LONGINO.

Donne-moi cette lampe au moins.

FERRANT

Prends.

(Longino va en tremblant regarder la chambre, oà tt entre à peine. Pendant ce temps , Ferrant va parler au garde.)

FERRANT, tu garde.

Vous m'avez entendu, il y va de votre vie si vous parlez ou si vous répondez aux personnes qui seront ici ; provenez-en celui qui vous relèvera. (4 Longino) Eh bien ! la chambre est-elle en ordre ?

LONGINO.

C'est un bijou. Mais comment le maître a-t-il choisi cet endroit-ci pour la deiQoiselle?

FERRANT

C'est moi qui l'ai choisi. Le maître le connaît à peine; il n'a ce château que depuis quelques mois.

LONGINO.

Âh ! c'est toi qui as choisi cet appartement? eh bien, tu as bon goût. Mais dis-moi donc ce que c'est que ces plaintes qu'on entend quelquefois en passant sous la grande voûte ?

FERRANT

Tu ne dois rien entendre.

LONGINO. ^

Ce n'est pas aisé. Et ce trou qu'on a fait dans là terre, près de la chapelle basse....

FERRANT

Pour toi , si tu fais des questions indiscrètes^

LONGINO.

Je ne veux rien savoir, moi; je n'ai pas même voulu croire ceux qui disaient que Tamoureux de la dame a été enlevé avec elle.

Us ont raison.

LONGINO.

Il ne s'amusera guère ici, car je crois xpi'il n'aura pas un appartement plus gai.'

FERRANT

n ne s'ennuiera pas long-temps.

LONGINO.

Âh ! j 'entends. ( On entend la cloche.)

FERRANT

On sonne. Je vais à mon poste, reste ici.

LONGINO.

Ferrant, Ferrant! tu me laisses , attends donc.

(Ferrant lui ferme la porte.)

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