SCÈNE XL
KIRK , YILLIAM ; ils se regardent quelque temps sans.
parler.
KIRK
Vous ne vous observez point assez , Yillianu
VILLIAM.
Que voulez-vous'dire ?
KIRK
Votre fierté vous empêche de dissimuler. . • <
VILLIAM.
Je n'ai rien à dissimuler.
KIRK
Croyez-vous que je ne vous connaisse pas? votre caractère perce, Tindignation éclate dans vos regards,, votre courage vous trahit.
VILLIAM.
Je ne vous entends point.
KIRK
Si j'avais fait mon devoir^ vous seriez déjà dans les
fers: mais rassurez-vous; je vbus estime, et vous n'avez rien à craindre de moi. Qu'il vous sttf&se de savoir que je ne suis point votre dupe. Votre déguisement , la chaumière que vous habitez , cet habit simple et grossier, tout cela ne m'en impose point. Mais puis- je vous ouvrir mon cœur?
VILUAM.
Je ne mérite point vos confidences.
KIBK.
Vous vous défier de moi, et je ne m'en étonne point; vous ne pouvez en effet me connaître. Ce que je suis obligé de faire , les horreurs qui se commettent en mon nom, mon langage, ma conduite , tout cela est bien propre à inspirer plus d'effroi que de confiance; mais parlons sans feinte. Que risquez-vous à me découvrir votre façon de penser? rien, si je suis tel que je vous ai paru; vous en avez déjà assez dit pour que j'aie le droit de vous punir ; et si je pense comme vous , vous ne devez pas craindre de m'en dire davantage.
VILLIAM.
Moi , penser comme vous !
KIRK
Oui, nous pensons de même, et je vais vous le prouver. Vous détestez la tyrannie qui désole notre patrie; je la déteste autant que vous; vous ne voyez en moi que le ministre de notre tyran , et je suis son plus cruel ennemi. N'apercevez -vous pas que je suis observé? avez-vous vu ce tigre qui était assis près de moi? je ne puis rien faire , rien dire , qu'il n'en rende
!l6 L£ BRIGAIiD,
compte. Quel parti puis-je prendre? Désobéir? je me perdrais sans rien sauver. Quitter mon poste? on vous en enverrait un plus cruel que moi , et qui n^ aurait pas les mêmes desseins. Apprenez donc que Tinstant approche où je pourrai me faire connaître. Partout j'ai sondé l'opinion , partout on déteste le protecteur. Eh! croyez- vous que j'aie voulu abattre un tyran, pour couronner un tjrran plus barbare? non; je veux le règne de la justice : mais pour l'établir, il faut que je sois sûr de mes forces : puis-je compter sur vous et sur vos amis?
VILLIAM.
Je n'entends rien aux démêlés politiques.
KIRK
Quelle obstination ! mais sentez donc que si je voulais vous perdre , je n'aurais pas besoin de vous tromper; votre vie est dans mes mains: maître de vos jours , pourqupi dissimulerais-je ? Que dis-je ! le farouche Bluck vous a déjà menacé, vous l'avez entendu : il me demandera votre tête, celle de Jenni.... je ne puis vous sauver qu'autant que je puis compter sur vous. Le moment approche, vous dis-je. J'ai des amis dans tous les cantons; l'explosion doit se faire partout en même temps. J'ai besoin de vous ici : on vous adme , on vous respecte ; c'est un homme comme vous qu'il me faut. Parlez , parlez.
VILLIAM.
S'il ne vous faut qu'un homme qui déteste la tyrannie , vous l'avez trouvé. Que vous feigniez ou non , je ne crains pas de vous le dire.
Vous haïssez la tyrannie sous quelque forme qu'elle •e présente; le Protecteur, par exemple.
VILLIAM.
Tous les scélérats , vous dis-je , et les plus féroces >ont ceux que j'abhorre le plus.
Vous me servirez donc?
VILiUM.
Rien pour vous , mais tout pour le bonheur de ma
patrie.
KIRK
C'est ce que je demande. Prenez donc ce signe de ralliement : c'est à cette marque que nous connaissons tous les amis de la bonne cause Voyez-moi,
ce signe ne me quitte point. ( lise déboutonne et montre le signe sur son cœur. ) '
yiLLIAM , ouTrant aussi son habit.
Eh ! croyez-vous que je ne l'aie pas aussi sur le cœur?
KIRK
Vous l'avez ! ( il appette. ) Blnck , soldats!
VILLIAM.
Qu'entends-je?