SCÈNE IX
LES PRÉCÉDÉES, LONGINO.
LONGlNOy aerrière le thëàtre.
A la garde ! à la garde ! à moi ! à moi !
VENERANDE.
Ciel ! queb cris.
{Louis prend sa hallebarde et affecte de se promener.)
LAURE
Nous sommes trahis.
282 LÊœf , '
LONGINO.
Ah ! oof ! j'en reviens d'one belle.
V£N£RAND£, très-émac.
£li bien ! vient^on ici poor nous faire peor?
. LONGINO.
Vous faire peur! on a bien commencé par moi.
VENERANDE.
Qui?
LONGINO.
Oui? un diable, on fantôme, mi loup-garoa, car il y en a dans ce château
VENERANDE.
Plus que d'honnêtes gens?
LONGINO.
Ce n'est pas mentir çà.
VENERA NDE.
Et ce fantôme , tu l'as vu?
LONGINO.
£t entendu.
VENERANDE.
Entendu !
. lONGlNO.
Parguienne ! je venais ici avec assurance comme de coutume ; en passant près du petit escalier de la chapelle , j'ai vu dans un cmn , un homme , une béte que sais-je ? je lui ai crié fièrement : qui va là? il m^a répondu d'un ton lamentable : passe ton chemin. Et moi j'ai passé mon chemin. C'est que , vOyez-vous, U Y a li-'dessous , des Irous , des creux que personne ne connaît , pas mém^ le maître de la maison.
VENERANDE.
Et le fantôme était-il près de notre porte?
LONGÏNO.
Il était partout. E&t-ceque cela ne voltige pascomme des papillons? on voit çà devant soi, et puis crac! on le voit derrière. Oh! je me doute de ce <Jue c'est.
VENERANDE.
Tu t'en doutes !
LONGINO.
Pardi! c'est la dame au manteau blanc.
LAIJRE.
La dame , dis-tu? il y a une dame ici?
LONGINO.
n y avait.
LAURE
Explique-toi.
LONGINO.
Oh ! je n'ose. Si lé maître savait que je vous ai conté cette aventure , il viendrait à moi avec £iu*eur, et il me dirait : pourquoi as-tu parlé? pourquoi as-tu dit que j'avais enlevé une jeune dame, que je l'avais enfermée dans un cachot , que je l'y ai laissé mourir, et que son âme revient chaque nuit pour me reprocher mes crimes! oh! je n'ai garde de vous en dire la moindre chose , ce serait fait de moi.
LAURE
Une jeune dame morte ici! quel présage!
LONGINO.
Elle était jeune, comme vous; gentille, comme vous; bonne 9 comme je crois que vous Têtes..».;..,
LAURife.
Et elle est morte?.... ''
LONGINO.
Comme bien d'autres. C'est sûrement elle qui m'a dit : passe ton chemin.
284 LÉON
VENERANDE.
Laissons, laissons que venais-tu £aire ici?
LONGINO.
Je venais vous dire que monseigneur allait vous faire sa seconde visite.
LAURE
Dieu!
LOUIS , à part
Puisse-t-il n^en pas sortir!
LONGINO, à Louis.
Je le sais bien que tu ne peux pas sortir.
VENERANDE à Lanre.
Du courage.
LONGINO,
Je ne sais ce qu'il a monseigneur; mais il a une mine à faire frémir, et il regarde les gens de manière à leur arrêter la respiration.
VENERANDE.
Le tigre !
LONGINO.
Tenez, entendez-vous! pouf! pouf! pouf! le voili qui marche sous la grande voûte.
LAURE, à part
Tout mon sang se glace dans mes veines.
VENERANDE.
Fermeté ! fermeté !
LAURE
Dieu! quelle horrible situation!
LONGINO.
Voilà monseigneur.