SCÈNE IL LISETTE, BorfVAL, CRISPlK, LUCIUE
Ah! charmaiite Lucile,. dois-je çn croire un triste
pressentiment? 'partagez'-vous la haine de votre oncle,
et rinfortané Dorval doit-il renoncer au bonheur et k
l'espérance?
LUGILfi.
Non, Dorval, je ne partage point l^s sentimens de mon oncle ; je l'avouerai même , son injuste prévention ne fait que mHhtéresser davantage à votre sort. Si j'étais msdtresse de ma fortune , je ferais mon bonheur de réparer les torts de votre jeunesse; pardonnez-moi ce reproche , il sera le dernier,
DQRVAL.
Si je vous suis cher, je suis le plus heureux des....
CRISPIN
Des amans ruinés.
LUCILE-
Mais que d'obstacles s'opposent à iiotre union !
Mon oncle n'estime que la richesse , et je ne puis encore
CRISPIN , vivement.
Mademoiselle, permettez; monsieur, éçoutèz-moi; Lisette , faites attention^ Voyonsd' abord où nous en sommes, je vais éclaircir le fait. Mademoiselle, votre tuteur vous défend de parler à monsieur. Monsieur, Tamour vous ordonne de parler à mademoiselle. Mademoiselle , vous êtes riche , mais vous ne pouvez encore disposer de votre main , ni de votre fortune. Monsieur, vous étiez riche, mais vous ne Fêles plus. Mademoiselle, vous n'avezfd'espérance que dans votre majorité. Monsieur, vous' n'avez d'espoir que dans le retour de votre père. Madeindiselle , votre tuteur a chassétnonsieur de sa maison. Monsieur, votre maison fait grande envie au tuteur. Monsieur, vous avez grand besoin de la vendre bien cher. Mademoiselle i votre tuteur a grande envie de l'avoir pour rien.
dorval:
Eh bien ! après?
LUCILE
Je sais tout cela.
LISETTE
Grispin, est-ce ainsi que tu prétends que je t'aime?
CRISPIN
Que vous êtes impatiens! il faut bien connaître la maladie , avant d y appliquer un remède. Votre mal est connu , et le remède
LISETTE
C'est?
LUCILE
Eh bien! c'est.'....
BORVAL.
Parle donc , c'est
CRispm:
Gest ce qu'il faut chercher.
DORVAt.
Cherche donc.
LISETTE
Silence ! j'ai cru entendre
LUCILE
Que dis-tu?
LISETTE
Laissez-moi voir dans ce cabinet.
LUCILE
Pourquoi?
LISETTE, ircTeoant.
U n'y est pas.
LUCILE
Qoî?
LISETTE
Votre tiiteur, mademoiselle ; il a la louable habitude de sy cacher pour écouter ce qu'on dit, et observer ce qu'on fait. Il lui arrive souvent de rentrer par le petit escalier, et de se mettre aux aguets, sans qu'on s'en doute. Tenez ,. dérangez ce fauteuil , vous verrez à la cloison un petit trou que le malin vieillard y a fait pour épier tout ce qui se passe ici.
Voilà ce qui s^ appelle avoir l'œil à tout.
CRISPIN., Quel coup de lumière !
BORVAL.
Qu'as-tu donc?
CRISPIN, Je crois.... oui, c'est cela. Vous dites que le tuteur a fait ce trou pour épier!
33o LE TRiSOB SPPVOSÉ^
LISETTE
Ooi, et quand le Caivteoil n'ert pas devant, ^'est sîgoe qae l'espion est derrière.
CRISPIN
C'est bien.... j'j sais.«.. non, non, je n*j sois pas.... si... oni... non... peut-être...
LUCILE
Parle.
IXHlTAIi.
Explique-toi^
LISETTE
Du génie!
CRISPIN
n me vient.
TOUS TROIS à Cnspbu Œer Crispîn , myente , imagine.
CRISFIN.
J^emmrois , déjii je devine.
TOUS TROIS
Dr cmn'age 1 allons! de l'esprit I
CRiSPtK.
Ce projet vraiment me sourit.
LUCILE
Quel projet?
LISETTE
Dis-le nous. *
nORVAL.
Achève.
CRISPIN
Attendez un peu que j'y rêve.
DORVAL
Qu'est-ce donc?
LUCILE
Hâte-toi.
^ -LfSËTTE.
Finis.
GRISPIN.
Ecoutez : m'y voilà : j'y sms« Si le tateur nide et sauvage S'oppose à voitre mariage , Nous pouvons l'y forcer.
i>OEVAL, LUCILE BT LISETTE.
Gomment ?
GRISPIN.
Bien promptement , bien décemment , Par un petit enlèvement.
I^ISETTE.
Insolent!
DORYAL.
Coqvinl
LIICILE.
Quel outrage !
cursPiîT.
Calmez-vous! \m mot! doucement !
Vous voulez un moyen plus sage ; Il faut donc m'y prendre autrement.
ENSEMBLE