SCÈNE XL
GÉRONTE, sortant doncement du cabineL
Quelle nouvelle! oh! que j'ai bien fait de rentrer! cinq cent mille francs! je ne m'étonne plus que le vieux Dorval n'ait jamais voulu vendre cette maison, et moi j'en ai toujours eu envie : c'était un pressentiment, un avertissement du ciel! J'ai eu bien tort de brusquer ce Dorval; il me l'aurait peut-être vendue!
Mais n'est-il plus moyen ? Ah! si je pouvais faire
le marché avant minuit! Si je pressais Dorval?
Car enfin , puisqu'il doit perdre ce trésor, ne vaut-il pas mieux qu'il totnbe entre les mains d'un honnête homme comme moi , qu'entre celles d'un coquin de valet ? D'ailleurs , Crispin n'osera rien dire , il a décacheté une lettre ! il y de quoi le faire pendre ; décacheter une lettre! c'est une infamie ! il n'aura garde d'en ouvrir la bouche...... cinq cent mille francs! mais
il y a de quoi en devenir fou.
AIR
Ah ! quel bonheur ! ah ! quelle ivresse ! Dieu ! tous mes sens en sont émus.
Quel avenir ! quelle richesse !
Mon œil se trouble et n'y voit plus.
Remettons-nous ; point de faiblesse^!
Je crois déjà rouler sur l'or , Je crois tenir l'heureux trésor ; Mon œil le voit,^a main le presse :
Oui, les voilà, ces diamans, £t ces bijoux , et ces brillans, Et ces cailloux resplendissans , Et ces saphirs éblouissans , Et CCS rubis étincelans....
Ah ! quel bonheur ! ah ! quelle ivresse ! Dieu ! tous mes sens en sont émus.
Quel avenir ! quelle richesse !
Mon œil se trouble et n'y voit plus.
( Il tombe dans un fauteuil, y reste un moment en extase, puis il se relève ai^ec force. )
Point de scrupule ! il m'importune ; Employons tout pour réussir :
* Quand il s'agit d'une fortune , Il faut se pendi^e ou l'obtenir.
35o LE TRÉSOa SUPPOSÉ,